Je sais pas vous, mais quand ça va pas, jâai souvent une envie de fuir. Jâai envie de disparaĂźtre. DâĂȘtre si petite que rien ne me touche, de penser Ă rien, que le vide se fraie un chemin dans ma tĂȘte et autour de moi. Jâai envie de me cacher pour ensuite sortir de mon trou et dĂ©couvrir un monde beau, magique presque, euphorisant, oĂč je suis heureuse, fiĂšre, presque enfantine tant la joie dĂ©borde.
Donc ça me donne souvent envie de partir loin, trĂšs loin, de sauter dans le premier train ou avion et de dĂ©couvrir le monde Ă la Mange, Prie, Aime. Pour me faire comprendre que ça compte pas tant que ça, mes tracas. Que ce qui est important, câest le monde, le beau, la dĂ©couverte, dâĂȘtre tellement subjuguĂ© quâon sâoublie soi-mĂȘme et quâon finisse par rire de nouveau.
NâĂȘtre plus le soi qui angoisse et rumine mais juste des yeux qui explorent, des mains qui frĂŽlent, un corps qui se meut et sâadapte Ă la nouveautĂ©, retrouver une sĂ©rĂ©nitĂ©, et rentrer la tĂȘte pleine de souvenirs qui remplacent la tristesse, dâĂ©merveillement au lieu de cette moue, et dâune envie de recommencer dĂšs le rĂ©veil.
Mais, comme 99,9% des gens, je peux pas. Jâai pas les sous, jâai pas ce luxe de faire comme dans les films et de tout envoyer valser pour aller me la couler douce et refaire mon monde Ă Bali. Malheureusement, contre toute attente (non), mes petits posts TikTok de recos cinĂ© que je poste depuis 3 semaines nâont pas encore fait de moi une influenceuse richissime (personnellement je trouve que câest honteux mais bon) et force est de constater que je prĂ©fĂšre quand mĂȘme manger autre chose que des pĂątes natures sous un pont plutĂŽt que de flamber mes Ă©conomies tout de suite pour me remonter le moral.
Julia est triste et bouffe sa glace à Rome, mais quand je suis triste je dois me contenter de brocolis surgelés chez moi (nul)
Du coup, il faut bien trouver des alternatives. Mon premier rĂ©flexe, aprĂšs avoir checkĂ© Booking au cas oĂč (câest toujours trop cher), gĂ©nĂ©ralement, câest les films (mais nan???). Je me fais une liste interminable de films Ă regarder, plus ou moins drĂŽles, faciles Ă accrocher, pas trop longs, Ă enchaĂźner au besoin.
Je vous conseille dâailleurs chaudement Harold et Maude, To Wong Foo, Thanks for Everything, Julie Neymar (oui le titre est long mais ça vaut le coup), et Stranger Than Fiction. Et sur un autre registre un peu plus dramatique, mais ohlala comment visuellement câest splendide et ça fait voyager (du coup ça marche), The Fall. Je vous laisse aller dĂ©couvrir par vous-mĂȘme, vous serez subjuguĂ©s.
Jâen ai encore 16 de ma liste que jâai pas encore vus, et bien quâils aient lâair chouettes, je sais que je commence Ă aller mieux quand je cherche un film Ă voir en dehors de celle-ci. Câest mon premier petit indice, et puis si jamais ça retombe, je sais dĂ©jĂ quoi regarder.
En bonus : le setup presque magique dâun bain bien chaud avec soit des sels de bain, soit une bombe de bain (mais sans paillettes parce que ça devient un supplice par la suite vu quâil faudra nettoyer, et ça casse le cĂŽtĂ© cocooning quand mĂȘme), petites bougies qui sentent bon, petit thĂ© voire snack qui fait plaisir, et un film Ă regarder pas trop long pour pas finir Ă grelotter dans lâeau, mais assez pour pouvoir se faire un petit masque, et on en profite pour faire un masque de cheveux, et un gommage pour le corps, et on profite. Parce que finalement ça fait du bien de se faire du bien.
dis donc Julia entre les glaces, Bali et les bains t'as fini de me piquer ma vie de rĂȘve ?
Il y a aussi un truc moins chouette mais efficace pour se vider la tĂȘte, câest les rĂ©seaux sociaux, plutĂŽt le doomscrolling.
En termes dâabrutissement cĂ©rĂ©bral et de dissociation au point de devenir une carapace vide pour faire passer 5 heures de la journĂ©e sans sâen rendre compte, ça marche Ă la perfection. Par contre, Ă part un mal de crĂąne et un sentiment de se rendre soi-mĂȘme con, ou dâavoir envie dâacheter plein de trucs, ça sert pas Ă grand chose.
On finit par scroller devant le film qui est censĂ© ĂȘtre rĂ©confortant, quâon regarde au final Ă peine parce que les vidĂ©os de 10 secondes ça nous accroche plus quâune ligne de dialogue bien ficelĂ©e (et ça me fait chier de lâadmettre hein, moi qui veux Ă©crire des dialogues bien ficelĂ©s dans la vie).
Parfois, par culpabilitĂ©, jâessaie du coup de scroller mais des trucs intĂ©ressants. Donc mon TikTok sâest aussi rempli de contenu sur la sociĂ©tĂ©, la politique, la consommation en elle-mĂȘme, les infos, des analyses de trucs, des reviews dâexpos, des introductions Ă tel artiste ou telle figure importante. Ce qui est plutĂŽt cool, parce quâau moins je me renseigne et jâapprends des trucs malgrĂ© le scroll infini, mais je dĂ©teste cette notion de perte de temps que ça cause. Je pense y avoir passĂ© 10 minutes, au final câĂ©tait 1h20. Et je retiens pas grand chose. Donc avec grande modĂ©ration le scroll.
Et sinon pour se vider la tĂȘte, mais en mĂȘme temps faire un truc chouette et Ă©viter le nĂ©ant, câest visiblement de faire des choses de ses mains, comme les fabuleux arts and crafts. Jâadore ça, jâadore dĂ©jĂ flĂąner dans les magasins de matĂ©riel artistique et crĂ©atif, je peux passer des heures Ă zieuter les gros pastels gras et les moult pinceaux et faire tourner sans fin le prĂ©sentoir de fil Ă broder.
Jâadore le pastel et lâaquarelle, mais bon sang quâest-ce que je suis naze. Je le fais de temps Ă autre, mais souvent jâai pas trop dâinspi, je me dĂ©courage Ă force dâeffacer et dâessayer de corriger le caca en plein milieu de la page, et je suis pas foutue de crĂ©er lâombre dâun jeu de lumiĂšre (vous avez captĂ© la vanne) (capter, comme la lumiĂšre quâon capte) (câest marrant ou pas), ni dâavoir une perspective correcte.
et elle peint ???? jpp Julia stop
Du coup, sans trop mâen rendre compte, je me suis davantage tournĂ©e vers tout ce qui est textile. La broderie, je trouve ça super. Et jâai des accĂšs de folie oĂč soudainement jâai envie de broder tous mes t-shirts comme je veux, avec un lapin mĂ©diĂ©val, un petit snoopy ou une petite allusion Ă un film que jâaime sans devoir dĂ©penser 60 balles dans un t-shirt, puis jâai envie dâen faire pour tout le monde parce que dĂ©jĂ quâest-ce que câest chouette dâoffrir des choses faites mains, et ça fait aussi faire plein de projets diffĂ©rents (et vive Pinterest pour la multitude dâinspirations).
Jâai commencĂ© Ă faire des petits trucs en feutrine tout mignons aussi. Jâai fait une petite grenouille et un ours. La grenouille est en super bikini en perles roses, et lâours tient un matcha quâil fait renverser (oupsie). Câest trop choupi je les adore.
Le troisiĂšme est en route (on dirait que je parle de gosses, NON), câest un dalmatien un peu fashion, mais vu que jâai plus de fil Ă broder noir et que, que câest un peu con pour un dalmatien de pas avoir de petites tĂąches noires parce que sinon on dirait juste un random chien pas dalmatien, mais que jâai pas encore trouvĂ© lâoccasion dâaller en chercher sans perdre la tĂȘte, câest pour lâinstant en pause.
Jâaime bien, la dĂ©coupe de feutrine est chiante puisque visiblement il y a un complot contre les gauchers qui fait en sorte quâaucun ciseau ne fonctionne correctement sans me bousiller la main, ou alors faut que je devienne droitiĂšre le temps dâune minute mais du coup je dĂ©coupe trĂšs mal, mais jâadore assembler ces petits personnages, leur donner vie avec un sourire tout mignon et leurs petits yeux qui regardent ailleurs, et leur donner une petite personnalitĂ© avec des petits dĂ©tails. Par exemple ma grenouille cache bien son jeu, elle est toute cute mais porte un string des enfers, so cheeky of her.
the holy trinity (je vous laisse imaginer son string)
Et puis jâai rĂ©essayĂ© le tricot. Infernal au dĂ©but dâannĂ©e, jâarrivais Ă rien, ça me rendait un peu folle de voir mon fil me faire ce que jâai pris personnellement comme un doigt dâhonneur parce quâil refusait de faire la boucle quâil Ă©tait censĂ© faire. Mais lĂ , miracle, ça fonctionne.
Alors jâai fait des trucs bien dĂ©gueulasses, et ça fait Ă peine une semaine que je mây suis remise. Y a des trous, câest pas la mĂȘme largeur par ligne, jâai sautĂ© ou rajoutĂ© des mailles, mais eh, au moins ça tricote par ici. Je vois quand mĂȘme des progrĂšs, et du coup câest assez rigolo de voir les erreurs et les amĂ©liorations sur le mĂȘme ouvrage.
Lundi, jâai recommencĂ© Ă zĂ©ro, dans lâidĂ©e de me faire une Ă©charpe toute fine puisque ça y est on commence (enfin) Ă avoir un peu froid le soir. Eh ben en trois jours jâai tricotĂ© 1m70 (donc ça me dĂ©passe, hehe), et honnĂȘtement câest pas trop moche, voire suffisamment ok pour que je puisse sortir avec (pas mal nan ??).
Jâai tricotĂ© devant des Ă©pisodes des Sopranos, en Ă©coutant des podcasts, juste comme ça au lieu de prendre mon tĂ©lĂ©phone, et câest gratifiant dâĂ la fois faire un truc crĂ©atif, ludique, qui stimule quand mĂȘme un peu la tĂȘte mais pas trop, et dâen plus avoir un rĂ©sultat chouette et qui puisse ĂȘtre utile. Et pendant ce temps lĂ , je pense quâĂ ce que font mes mains, pas au reste, alors la tristesse sâen va doucement, sans mĂȘme que jây prĂȘte vraiment attention.
moi quand je montre Ă mon copain mes petits projets de tricot plein de trous
Je pense que câest le truc le plus humain, de vouloir fuir ses problĂšmes avant dâavoir la force dây faire face. Avant de sây rĂ©soudre, dâaccepter. Tous ces stratagĂšmes, ça me permet de pas couler, de pas me morfondre, de faire taire le bruit, la peur, le chagrin, de me concentrer sur des choses positives ou joyeuses malgrĂ© tout.
Parce que câest nos envies et plaisirs qui nous sauvent un peu pour ne pas sombrer, mĂȘme quand elles disparaissent de notre ĂȘtre quand on est au plus bas. Qui nous rappellent quâil y a plus, et autre chose que la tristesse. Qui ouvrent la porte pour quâon rĂ©apparaisse Ă nouveau.
MĂȘme quand au dĂ©but il y en a pas, de plaisir, que tout semble trop dur et fatiguant et prise de tĂȘte, et que jâai lâimpression dâĂȘtre une coquille vide coincĂ©e Ă vie, au final je retrouve des petites Ă©tincelles. Lâenvie de voir tel film en particulier. LâidĂ©e dâun petit projet fun, puis une autre, puis une autre. Lâenvie dâexplorer un peu autour de soi, de sortir de chez moi, pour avoir un peu dâinspiration.
Ăa me force Ă persĂ©vĂ©rer aussi. MĂȘme si je suis nulle ou que câest fastidieux ou moche, de pas me laisser abattre, de continuer et ce sera mieux, au fil du temps, petit Ă petit, et je pourrai voir le progrĂšs et ĂȘtre fiĂšre. Un peu comme quand ça va pas, finalement.It will pass, comme a dit le sage (non) hot priest de Fleabag.
Sur ce, moi je retourne affronter la pelote de laine sur ma table basse (objectif tricoter une armada de pulls mi-chaud mi-pas trop moche pour quand jâaurai de la thune pour partir faire le tour des fjords de Scandinavie), ignorer le bruit de moustique gĂ©ant que fait la perceuse de mes voisins depuis 30 minutes et lutter contre lâenvie de dĂ©marrer Dressmaker (câest trop bieeeeen), sinon je vais y passer ma semaine entiĂšre, mais apparemment câest pas un comportement dâadulte raisonnable (nul).
Ă la prochaine,
PS :
Julia jtm
Ăa vous a plu ?
Si ça vous a plu, relisez, partagez et parlez-en autour de vous avant de supprimer cet email de votre boite de rĂ©ception Ă jamais (vous inquiĂ©tez pas je mâen remettrai) (non)
Eh je vous ai dit que jâĂ©tais sur Instagram ?
Bu-bye !
