đŸƒâ€â™€ïž La fuite

je prends mes jambes Ă  mon cou et pars faire l'autruche ciao (eh non)

Motes
5 min ⋅ 08/10/2026

Je sais pas vous, mais quand ça va pas, j’ai souvent une envie de fuir. J’ai envie de disparaĂźtre. D’ĂȘtre si petite que rien ne me touche, de penser Ă  rien, que le vide se fraie un chemin dans ma tĂȘte et autour de moi. J’ai envie de me cacher pour ensuite sortir de mon trou et dĂ©couvrir un monde beau, magique presque, euphorisant, oĂč je suis heureuse, fiĂšre, presque enfantine tant la joie dĂ©borde. 

Donc ça me donne souvent envie de partir loin, trĂšs loin, de sauter dans le premier train ou avion et de dĂ©couvrir le monde Ă  la Mange, Prie, Aime. Pour me faire comprendre que ça compte pas tant que ça, mes tracas. Que ce qui est important, c’est le monde, le beau, la dĂ©couverte, d’ĂȘtre tellement subjuguĂ© qu’on s’oublie soi-mĂȘme et qu’on finisse par rire de nouveau.

N’ĂȘtre plus le soi qui angoisse et rumine mais juste des yeux qui explorent, des mains qui frĂŽlent, un corps qui se meut et s’adapte Ă  la nouveautĂ©, retrouver une sĂ©rĂ©nitĂ©, et rentrer la tĂȘte pleine de souvenirs qui remplacent la tristesse, d’émerveillement au lieu de cette moue, et d’une envie de recommencer dĂšs le rĂ©veil. 

Mais, comme 99,9% des gens, je peux pas. J’ai pas les sous, j’ai pas ce luxe de faire comme dans les films et de tout envoyer valser pour aller me la couler douce et refaire mon monde Ă  Bali. Malheureusement, contre toute attente (non), mes petits posts TikTok de recos cinĂ© que je poste depuis 3 semaines n’ont pas encore fait de moi une influenceuse richissime (personnellement je trouve que c’est honteux mais bon) et force est de constater que je prĂ©fĂšre quand mĂȘme manger autre chose que des pĂątes natures sous un pont plutĂŽt que de flamber mes Ă©conomies tout de suite pour me remonter le moral.

Julia est triste et bouffe sa glace à Rome, mais quand je suis triste je dois me contenter de brocolis surgelés chez moi (nul)Julia est triste et bouffe sa glace à Rome, mais quand je suis triste je dois me contenter de brocolis surgelés chez moi (nul)

Du coup, il faut bien trouver des alternatives. Mon premier rĂ©flexe, aprĂšs avoir checkĂ© Booking au cas oĂč (c’est toujours trop cher), gĂ©nĂ©ralement, c’est les films (mais nan???). Je me fais une liste interminable de films Ă  regarder, plus ou moins drĂŽles, faciles Ă  accrocher, pas trop longs, Ă  enchaĂźner au besoin.

Je vous conseille d’ailleurs chaudement Harold et Maude, To Wong Foo, Thanks for Everything, Julie Neymar (oui le titre est long mais ça vaut le coup), et Stranger Than Fiction. Et sur un autre registre un peu plus dramatique, mais ohlala comment visuellement c’est splendide et ça fait voyager (du coup ça marche), The Fall. Je vous laisse aller dĂ©couvrir par vous-mĂȘme, vous serez subjuguĂ©s.

J’en ai encore 16 de ma liste que j’ai pas encore vus, et bien qu’ils aient l’air chouettes, je sais que je commence Ă  aller mieux quand je cherche un film Ă  voir en dehors de celle-ci. C’est mon premier petit indice, et puis si jamais ça retombe, je sais dĂ©jĂ  quoi regarder. 

En bonus : le setup presque magique d’un bain bien chaud avec soit des sels de bain, soit une bombe de bain (mais sans paillettes parce que ça devient un supplice par la suite vu qu’il faudra nettoyer, et ça casse le cĂŽtĂ© cocooning quand mĂȘme), petites bougies qui sentent bon, petit thĂ© voire snack qui fait plaisir, et un film Ă  regarder pas trop long pour pas finir Ă  grelotter dans l’eau, mais assez pour pouvoir se faire un petit masque, et on en profite pour faire un masque de cheveux, et un gommage pour le corps, et on profite. Parce que finalement ça fait du bien de se faire du bien.

dis donc Julia entre les glaces, Bali et les bains t'as fini de me piquer ma vie de rĂȘve ?dis donc Julia entre les glaces, Bali et les bains t'as fini de me piquer ma vie de rĂȘve ?

Il y a aussi un truc moins chouette mais efficace pour se vider la tĂȘte, c’est les rĂ©seaux sociaux, plutĂŽt le doomscrolling.

En termes d’abrutissement cĂ©rĂ©bral et de dissociation au point de devenir une carapace vide pour faire passer 5 heures de la journĂ©e sans s’en rendre compte, ça marche Ă  la perfection. Par contre, Ă  part un mal de crĂąne et un sentiment de se rendre soi-mĂȘme con, ou d’avoir envie d’acheter plein de trucs, ça sert pas Ă  grand chose.

On finit par scroller devant le film qui est censĂ© ĂȘtre rĂ©confortant, qu’on regarde au final Ă  peine parce que les vidĂ©os de 10 secondes ça nous accroche plus qu’une ligne de dialogue bien ficelĂ©e (et ça me fait chier de l’admettre hein, moi qui veux Ă©crire des dialogues bien ficelĂ©s dans la vie). 

Parfois, par culpabilitĂ©, j’essaie du coup de scroller mais des trucs intĂ©ressants. Donc mon TikTok s’est aussi rempli de contenu sur la sociĂ©tĂ©, la politique, la consommation en elle-mĂȘme, les infos, des analyses de trucs, des reviews d’expos, des introductions Ă  tel artiste ou telle figure importante. Ce qui est plutĂŽt cool, parce qu’au moins je me renseigne et j’apprends des trucs malgrĂ© le scroll infini, mais je dĂ©teste cette notion de perte de temps que ça cause. Je pense y avoir passĂ© 10 minutes, au final c’était 1h20. Et je retiens pas grand chose. Donc avec grande modĂ©ration le scroll. 

Et sinon pour se vider la tĂȘte, mais en mĂȘme temps faire un truc chouette et Ă©viter le nĂ©ant, c’est visiblement de faire des choses de ses mains, comme les fabuleux arts and crafts. J’adore ça, j’adore dĂ©jĂ  flĂąner dans les magasins de matĂ©riel artistique et crĂ©atif, je peux passer des heures Ă  zieuter les gros pastels gras et les moult pinceaux et faire tourner sans fin le prĂ©sentoir de fil Ă  broder.

J’adore le pastel et l’aquarelle, mais bon sang qu’est-ce que je suis naze. Je le fais de temps Ă  autre, mais souvent j’ai pas trop d’inspi, je me dĂ©courage Ă  force d’effacer et d’essayer de corriger le caca en plein milieu de la page, et je suis pas foutue de crĂ©er l’ombre d’un jeu de lumiĂšre (vous avez captĂ© la vanne) (capter, comme la lumiĂšre qu’on capte) (c’est marrant ou pas), ni d’avoir une perspective correcte.

et elle peint ???? jpp Julia stopet elle peint ???? jpp Julia stop

Du coup, sans trop m’en rendre compte, je me suis davantage tournĂ©e vers tout ce qui est textile. La broderie, je trouve ça super. Et j’ai des accĂšs de folie oĂč soudainement j’ai envie de broder tous mes t-shirts comme je veux, avec un lapin mĂ©diĂ©val, un petit snoopy ou une petite allusion Ă  un film que j’aime sans devoir dĂ©penser 60 balles dans un t-shirt, puis j’ai envie d’en faire pour tout le monde parce que dĂ©jĂ  qu’est-ce que c’est chouette d’offrir des choses faites mains, et ça fait aussi faire plein de projets diffĂ©rents (et vive Pinterest pour la multitude d’inspirations).

J’ai commencĂ© Ă  faire des petits trucs en feutrine tout mignons aussi. J’ai fait une petite grenouille et un ours. La grenouille est en super bikini en perles roses, et l’ours tient un matcha qu’il fait renverser (oupsie). C’est trop choupi je les adore.

Le troisiĂšme est en route (on dirait que je parle de gosses, NON), c’est un dalmatien un peu fashion, mais vu que j’ai plus de fil Ă  broder noir et que, que c’est un peu con pour un dalmatien de pas avoir de petites tĂąches noires parce que sinon on dirait juste un random chien pas dalmatien, mais que j’ai pas encore trouvĂ© l’occasion d’aller en chercher sans perdre la tĂȘte, c’est pour l’instant en pause.

J’aime bien, la dĂ©coupe de feutrine est chiante puisque visiblement il y a un complot contre les gauchers qui fait en sorte qu’aucun ciseau ne fonctionne correctement sans me bousiller la main, ou alors faut que je devienne droitiĂšre le temps d’une minute mais du coup je dĂ©coupe trĂšs mal, mais j’adore assembler ces petits personnages, leur donner vie avec un sourire tout mignon et leurs petits yeux qui regardent ailleurs, et leur donner une petite personnalitĂ© avec des petits dĂ©tails. Par exemple ma grenouille cache bien son jeu, elle est toute cute mais porte un string des enfers, so cheeky of her. 

the holy trinity (je vous laisse imaginer son string)the holy trinity (je vous laisse imaginer son string)

Et puis j’ai rĂ©essayĂ© le tricot. Infernal au dĂ©but d’annĂ©e, j’arrivais Ă  rien, ça me rendait un peu folle de voir mon fil me faire ce que j’ai pris personnellement comme un doigt d’honneur parce qu’il refusait de faire la boucle qu’il Ă©tait censĂ© faire. Mais lĂ , miracle, ça fonctionne.

Alors j’ai fait des trucs bien dĂ©gueulasses, et ça fait Ă  peine une semaine que je m’y suis remise. Y a des trous, c’est pas la mĂȘme largeur par ligne, j’ai sautĂ© ou rajoutĂ© des mailles, mais eh, au moins ça tricote par ici. Je vois quand mĂȘme des progrĂšs, et du coup c’est assez rigolo de voir les erreurs et les amĂ©liorations sur le mĂȘme ouvrage.

Lundi, j’ai recommencĂ© Ă  zĂ©ro, dans l’idĂ©e de me faire une Ă©charpe toute fine puisque ça y est on commence (enfin) Ă  avoir un peu froid le soir. Eh ben en trois jours j’ai tricotĂ© 1m70 (donc ça me dĂ©passe, hehe), et honnĂȘtement c’est pas trop moche, voire suffisamment ok pour que je puisse sortir avec (pas mal nan ??).

J’ai tricotĂ© devant des Ă©pisodes des Sopranos, en Ă©coutant des podcasts, juste comme ça au lieu de prendre mon tĂ©lĂ©phone, et c’est gratifiant d’à la fois faire un truc crĂ©atif, ludique, qui stimule quand mĂȘme un peu la tĂȘte mais pas trop, et d’en plus avoir un rĂ©sultat chouette et qui puisse ĂȘtre utile. Et pendant ce temps lĂ , je pense qu’à ce que font mes mains, pas au reste, alors la tristesse s’en va doucement, sans mĂȘme que j’y prĂȘte vraiment attention.

moi quand je montre Ă  mon copain mes petits projets de tricot plein de trousmoi quand je montre Ă  mon copain mes petits projets de tricot plein de trous

Je pense que c’est le truc le plus humain, de vouloir fuir ses problĂšmes avant d’avoir la force d’y faire face. Avant de s’y rĂ©soudre, d’accepter. Tous ces stratagĂšmes, ça me permet de pas couler, de pas me morfondre, de faire taire le bruit, la peur, le chagrin, de me concentrer sur des choses positives ou joyeuses malgrĂ© tout.

Parce que c’est nos envies et plaisirs qui nous sauvent un peu pour ne pas sombrer, mĂȘme quand elles disparaissent de notre ĂȘtre quand on est au plus bas. Qui nous rappellent qu’il y a plus, et autre chose que la tristesse. Qui ouvrent la porte pour qu’on rĂ©apparaisse Ă  nouveau.

MĂȘme quand au dĂ©but il y en a pas, de plaisir, que tout semble trop dur et fatiguant et prise de tĂȘte, et que j’ai l’impression d’ĂȘtre une coquille vide coincĂ©e Ă  vie, au final je retrouve des petites Ă©tincelles. L’envie de voir tel film en particulier. L’idĂ©e d’un petit projet fun, puis une autre, puis une autre. L’envie d’explorer un peu autour de soi, de sortir de chez moi, pour avoir un peu d’inspiration.

Ça me force Ă  persĂ©vĂ©rer aussi. MĂȘme si je suis nulle ou que c’est fastidieux ou moche, de pas me laisser abattre, de continuer et ce sera mieux, au fil du temps, petit Ă  petit, et je pourrai voir le progrĂšs et ĂȘtre fiĂšre. Un peu comme quand ça va pas, finalement.It will pass, comme a dit le sage (non) hot priest de Fleabag. 

Sur ce, moi je retourne affronter la pelote de laine sur ma table basse (objectif tricoter une armada de pulls mi-chaud mi-pas trop moche pour quand j’aurai de la thune pour partir faire le tour des fjords de Scandinavie), ignorer le bruit de moustique gĂ©ant que fait la perceuse de mes voisins depuis 30 minutes et lutter contre l’envie de dĂ©marrer Dressmaker (c’est trop bieeeeen), sinon je vais y passer ma semaine entiĂšre, mais apparemment c’est pas un comportement d’adulte raisonnable (nul). 


À la prochaine,

PS :

Julia jtm


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Bu-bye !

Motes

Par Mobuski

aspirante cool girl, autrice et scénariste
l’overthinking personnifiĂ©