London was calling (mais c'est fini)
Quand j’étais petite, et puis aussi moins petite, et puis même en étant grande, j’avais deux ambitions, qui sont restées inchangées (parce que bon je voulais aussi être une rockstar égyptologue, un espèce de mashup de Hannah Montana et Indiana Jones, mais force est de constater que ce rêve-là est un peu mort) (parce qu’en fait ça a l’air un peu chiant de devoir quadriller un secteur et enlever de la poussière millimètre par millimètre, puis faut faire des calculs et tout, si en plus le soir faut remplir des stades c’est too much pour moi) (vous imaginez le mal de dos d’enchaîner des petites fouilles dans le sable ET de faire des petites chorés avec une guitare ? Pfiou) : celle d’écrire, toujours bien présente, fil quasi conducteur pour moi depuis le temps.
Des fois j’ai beau me dire que si je lâchais ça, je pourrais peut-être avoir une vie plus simple et plus paisible, sans rêves qui paraissent inaccessibles, sans compétition, sans remise en question constante de mon existence et de mes compétences, et puis survient une sorte de vide sidéral comme si j’abandonnais ma raison d’être, et fusent dans ma tête tant d’idées, d’images, d’histoires à explorer, que j’ai l’intime conviction qu’il y a rien d’autre que je puisse faire sur cette terre que de ruminer des mots dans ma tête jusqu’à les coucher sur du papier et espérer qu’ils voyagent pour atterrir sous les yeux d’inconnus et qu’ils vivent ensuite avec.
Et puis il y a la deuxième, sur le principe plus accessible rapidement que de devenir une autrice renommée (je peux ptet être la Hannah Montana des mots avec un chapeau stylé, c’est jamais perdu) : celle de vivre à Londres. J’ai commencé je sais pas combien de journaux intimes dans ma jeunesse maintenant si loin (l’abus) où j’écrivais juste : Je m’appelle Morgane, quand je serais grande je veux écrire et vivre à Londres.
Et puis j’écrivais plus rien parce que ça me saoulait de devoir rendre des comptes à un carnet pour juste dire que Gwendal avait fait une blague nulle ou que Nolwenn avait pas été sympa (ça va on la sent l’enfance en Bretagne ?).
you get the beeeeeeest of both worlds (le chapeau et l'écharpe à paillette)
Je suis pas certaine d’où ça vient. J’ai pas mal baigné dans la culture anglaise, avec le rock que mon frère écoutait, ma mère qui est fan d’Agatha Christie, la culture punk dont mon père me parlait, les séries que je regardais (merci Downton Abbey et Sherlock pour les leçons d’anglais), ou peut-être que c’est à force de voir des Anglais venir en vacances chez nous, d’entendre leurs accents et de me dire que c’est trop stylé, ou de me dire que si nous c’est la Bretagne et eux la Grande-Bretagne, c’est que ça doit être mieux.
C’est peut-être aussi lié à la professeure d’anglais que j’avais en primaire, qu’on voyait une fois par semaine, et que je trouvais trop cool. Je me souviens parfaitement de son cours un après-midi où on apprenait à dire spoon en boucle (spoooooon, on le prononce spoune d’accord ? a spooooooon everyone, SPOON !) et je fixais ses ongles parce que je pensais qu’elle avait fait des piercings aux ongles et je trouvais ça trop rebelle et trop cool (je connaissais pas encore le concept du nail art ok, pour moi son anneau au bout de son ongle c’était à vie).
J’aimais trop apprendre l’anglais, je trouvais ça hyper fun, je me débrouillais bien, ça rentrait très vite, et j’étais trop contente de pouvoir traduire petit à petit le livret de mon CD d’High School Musical et de comprendre ce que je chantais en boucle.
Il n’empêche que c’est resté, j’ai adoré apprendre l’anglais tout au long de ma scolarité, plus j’en avais mieux je me portais (et mieux ma moyenne se portait aussi, ça compensait mes 4/20 en maths) (j’étais déjà trop contente de pas être à zéro), je me la pétais de ouf parce que j’avais un bon accent bien english bien bourge bien j’écoute la BBC en sirotant une tasse de thé (ça va hein, c’est le seul truc dont je pouvais être fière ado, j’avais au moins ça pour moi et ça calmait les connards pendant ces cours là au moins).
J’ai pris le plus d’anglais possible, la section européenne, les cours d'histoire en anglais, les cours de littérature anglaise, la spé anglais en terminale (on nous a proposé maths, mais PTDR).
spooooooooooooon
La première fois que j’y ai mis les pieds, en Angleterre, j’avais 14 ans. On a pris le ferry pour arriver jusqu’à Portsmouth, et de là le bus pour Londres, où on a atterri dans des familles d’accueil pour la semaine. J’avais un peu peur parce que mon frère avait fait un voyage similaire lui aussi et était revenu malade et chétif parce que sa famille d’accueil les nourrissait pas et le seul plat qu’ils ont mangé, c’était le Pizza Hut offert par les profs le dernier jour du voyage (une vraie découverte de la gastronomie anglaise non ?) (non).
Pour le coup, je suis bien tombée : c’était un couple très gentil. On était 4 à vivre chez eux, les trois autres parlaient pas un mot d’anglais, donc on m’envoyait constamment au charbon pour demander des trucs ou juste faire un peu de small talk histoire d’être polie.
On avait un quizz à leur faire passer sur la France, qu’on devait montrer le lendemain aux professeurs pour prouver qu’on leur avait bien parlé (do you know the french president ??? yes it is Sarkozy bravo bravo).
On avait pas le droit de faire de bruit ou de sortir de la chambre à partir de 20h, ce qui est plutôt frustrant à 14 ans quand tu veux juste gossiper avec les copines dans la chambre.
Je me souviens surtout qu’ils avaient préparé des petits dej de zinzin à base de pancakes et de Nutella, alors qu’on nous avait prévenu qu’on nous proposerait très sûrement des saucisses et des haricots (et comment vous dire que c’est hors de question à 7h du matin de gober ça).
ET surtout, je crois que le plus marquant de cette famille pour moi, c’est ce bonhomme hyper stoïque qui voulait pas nous parler, comparé à sa femme qui essayait d’équilibrer le truc en étant hyper gentille, et lui a fini par se dérider et vouloir me parler parce que j’étais la seule qui ouvrait un peu la bouche, mais qu’elle ne fut pas ma surprise de découvrir un accent écossais à couper au couteau à tel point que je comprenais RIEN DU TOUT à ce qu’il disait, et du coup il a fini par abandonner, et était encore plus ronchon qu’avant. Oups.
J’y suis retournée avec une copine bien 5 ans après, au début de mes études. On avait trouvé une chambre avec salle de bain sur palier et à partager avec les autres chambres en plein Soho, la fenêtre qui donnait sur la terrasse intérieure d’un bar qui foutait des néons roses de partout et du coup hyper bruyant. Mais on était trop contentes.
Je me souviens de cette impression de me sentir un peu comme chez moi. Est-ce que c’était juste parce que j’étais déjà venue comme touriste, ou parce que je m’étais convaincue que c’est là que je devais être, j’en sais trop rien. Mais j’avais qu’une envie, c’était d’y revenir, encore et encore.
quelle joie (ma meilleure photo de ce voyage il y a 10 ans)
Et donc, après mes études, quand je commençais à crever de l’intérieur, à rester chez moi, parce que pas de taff et pas d’opportunités, après avoir déjà bieeeeeen galéré à trouver un stage, et à être complètement isolée, après le rendez-vous pour s’inscrire à Pôle Emploi où on m’a conseillé soit une reconversion de jardinier alors que je venais tout juste de finir mes études, soit que l’idée d’une carrière chez la Fnac comme vendeuse semblait prometteuse suite à mon cursus (au secours), mes parents ont suggéré de rendre l’appartement de Paris et que je revienne chez eux, histoire de faire un peu des économies.
Ce que j’ai fait, sans vraiment prévenir personne. Je suis rentrée tranquillement en Bretagne, baignée dans un mal-être et une incertitude qui me dévoraient. Et puis une petite lueur d’espoir, de rêve, m’a envahie. Pourquoi j’irais pas essayer Londres ?
J’ai plus rien à perdre. J’ai mon diplôme, ça embauche pas ici, peut-être plus là-bas, l’Angleterre cette terre d’accueil d’expat et de créatifs qui se font leur petit nid, Londres ville si extravertie et éclectique où tout semble possible, et où une fraction du monde entier cohabite, si c’était vraiment là que je devais être ? Plus d’attaches à Paris, pas (du tout) envie de rester chez mes parents, let’s go c’est le moment parfait de saisir mon rêve et d’en faire ma réalité.
Alors a commencé la recherche d’appart : je suis partie plusieurs fois en auberge de jeunesse plus immonde les unes que les autres à la recherche d’une colocation, mais j’avais pas les codes, et je savais pas vraiment ce qu’il fallait faire. Je venais toute contente avec mon gros dossier plein de garants, de loyers bien payés et pléthore de trucs administratifs (bien sûr pas traduits) comme on aime chez nous, sauf que eux s’en branlent et me regardaient avec des gros yeux ronds.
Refus après refus, je désespérais pas (encore) trop, et je mélangeais visite de musée, balade et annonces de colocation, le tout en petit blazer et bottines à talons si jamais une annonce poppait de nulle part et qu’il fallait s’y rendre de suite (j’ai eu MAL aux pieds pendant ces moments-là).
à peu près cette ambiance face à mon p'tit dossier
J’ai vu une chambre chez l’habitant hyper bizarre, avec un loyer bas parce qu’il fallait faire du babysitting pour leur gosse qui avait l’air horrible (elle a craché sur le mur quand j’ai dit bonjour), et j’ai fait la visite en même temps qu’un Suisse qui a dû se dire qu’on était en giga compet alors que là je lui laissais volontiers la place (puis il s’est vanté d’être dans un gentlemen’s club et c’est devenu encore plus chelou).
J’ai vu des appartements mignons mais bien basiques (moquette beige, canapé beige, murs peints en beige, et des cadres avec des prints d’Etsy de fleurs dans des cadres blancs, pour changer un peu du beige) remplis de petites meufs en UGGs beige qui me regardaient de haut en bas parce que j’avais pas trop leur vibe (je portrais pas de beige), j’ai fait des apparts avec des gens qui avaient l’air un peu plus chill jusqu’à ce qu’on me dise que le mur complet de bouteilles d’alcool moches comme déco était “non négociable” (it just STAYS). J’ai vu des studios miteux avec une fenêtre plus petite que celle d’une cellule de prison, dans des quartiers nazes comme chics.
Je rentrais le soir manger mon wrap pas ouf que je gobais sur mon lit superposé dans la chambre que je partageais avec des Australiens en vacances que je croisais jamais : quand je me levais, ils étaient partis, quand je rentrais, ils dormaient déjà. J’étais par contre bercée par le doux bruit (non) de leurs giga pets et ronflements pendant la nuit, au point d’en avoir des fous rires tellement ça semblait sortir d’un dessin animé.
Puis j’ai trouvé. Celui-là, je l’ai pas visité moi-même. C’était tellement la merde pour trouver un appart qu’on a fini par prendre contact avec une flat hunter, qui va voir et négocie le loyer à ma place (et a aussi en avance les infos de nouveaux apparts disponibles aussi, ce qui change rapidement la donne). Elle m’envoie les photos, elle visite et filme (un peu mal, donc tout est flou). Ça semble grand, propre, soigné, bien organisé.
Les colocs sont pas bruyants, c’est plutôt bien situé, ça coche mes critères (proche d’un métro, d’un supermarché, d’une pharmacie, et d’un cinéma) (record battu pour le coup, 1min30 à pied du ciné, je pouvais même pas écouter une chanson entière sur le trajet et je m’évertuais quand même à essayer). C’est bon, on prend, départ dans moins d’une semaine.
Et me voilà en décembre 2019 à embarquer pour Londres, avec la plus grosse valise que j’ai jamais eue, un sac de rando plus grand que moi, prête à reprendre ma vie en main et à toucher mon rêve du doigt.
celle-là même + gros sac Décahtlon
Déjà : l’immeuble, on dirait une prison. Et puis, ça, elle avait “oublié” de le mentionner, c’est au rez-de-chaussée (j’aime pas les rez-de-chaussées) (bizarrement la fois d’après elle a aussi “oublié” de me dire que l’appart était pile devant des rails de trains qui passent toutes les 6 minutes, c’est bizarre quad même). Et c’est, pile, pile, PILE, au niveau de la rue, TOUT PILE devant une intersection du démon où ça klaxonne comme pas possible et ça s’insulte. La première coloc m’informe, après m’avoir offert un p’tit gâteau (j’avoue c’est gentil) que du coup personne n’ouvre jamais les fenêtres parce que quelqu’un peut facilement rentrer.
Et puis je vois des petites taches noires un peu partout sur le canapé, le fauteuil, le tapis. Je vois flou, j’y pense pas trop, je me dis que ça fait parti du motif, mais chelou un peu. Le parquet grince comme si on était sur un bateau. Y a des fuites et donc des dégâts des eaux récurrents, l’appart est en souplex et il y a une porte qui donne sur dehors, pour sortir les poubelles, qui donne sur le corridor le plus flippant que j’ai jamais vu de ma vie, et surtout : la porte ferme pas bien (et donc les gens dehors peuvent tenter de rentrer) (ça a été le cas).
La moquette au sous-sol pue l’humidité, à cause des dégâts des eaux (à un moment c’est même devenu une espèce de pataugeoire, pratique pour l’été et nager un peu). La cuisine est tellement désuète qu’elle marche pas de fou, et le four menace d’exploser tout seul tous les quatre matins (je préfère cuire mon poulet que mon cul, merci bien). Mais bon. Y a un joli lustre au salon, j’ai ma chambre à moi, je suis très très proche du centre et surtout : J’Y SUIS.
C’est tout ce qui importait. Malgré les mauvaises surprises, j’ai pas lâché. Je me suis démenée pour trouver un taff, j’ai trouvé une opportunité dans un festival de scénario, où la dame me disait que c’était parfait, j’allais pouvoir rencontrer plein de gens, me faire des copains, ça s’entraide beaucoup, ce sera inspirant, ce sera top, ça ouvre plein de portes pour après pour bosser dans des productions. J’allais quasi tous les jours à Leicester Square avec les larmes aux yeux parce que déjà j’avais jamais vu de cinémas aussi gros, et aussi : putain putain putain c’est vraiment ma vie là, de flâner dans le centre de Londres.
dans mes souvenirs c'était plus moche (là aussi il pleut pas)
J’ai rejoint des groupes en ligne pour me faire des copines, qui a résulté à aller à la Women’s March et manifester avec pleins de meufs trop sympa, on était allées boire un verre après et j’avais continué à en voir certaines. Elles venaient d’Angleterre, de Suède, des Etats-Unis, de Pologne. C’était trop bien.
J’ai commencé à connaître mes colocs. Une Turque qui m’offrait des gâteaux sans que je demande rien et qui les mettait dans mon placard de cuisine. Un Réunionnais qui éclatait de rire tout seul tous les soirs, au point où j’étais allé lui demander ce qui se passait, et il m’a fait découvrir le monde magique de Love Island, et ça a fini par se faire des soirées pizzas devant.
Un autre, giga geek, qui sortait jamais de sa chambre, qui passait son temps à peindre des figurines Warhammer et se faire livrer ses courses par Amazon (qui consistaient en des boxes remplies de nouilles instantanées, et il avait une bouilloire dans sa chambre pour pas avoir à sortir).
Un Normand qui travaillait en restauration, donc on le voyait jamais, mais je savais qu’il était encore en vie de temps en temps parce que tout d’un coup surgissaient des plateaux gigantesques de sushis dans sa partie du frigo (et rassurez vous, la cohabitation se passait bien, et on a jamais mentionné le Mont Saint-Michel).
Puis j’ai un peu déchanté. Les petites tâches noires là. Des merdes de souris. C’est pour ça que personne ne foutait jamais les pieds dans le salon. L’appart était infesté de souris, y avait des pièges partout (les petites boîtes noires là posées dans les coins et les escaliers, je vous vois encore et J’AI PEUR). La Turque a hurlé à la mort parce que y en a une qui est morte JUSTE devant sa porte, et qu’elle a dû se charger de se débarrasser du corps (elle m’a d’abord demandé de le faire à sa place, mais non merci, ma gentillesse a tout de même une limite).
Ah oui, et cette coloc même, qui sortait jamais, et me disait qu’elle avait pas d’amis, et qu’elle était “liée avec des avocats”. Ben tous les mardis à 10h, elle ouvrait la porte à un monsieur (un avocat), fermait la sienne à clé, on l’entendait lui hurler comme une chèvre, il repartait fissa, et elle sortait quasi instantanément pour la journée et revenait les bras chargés de courses et de fringues. Elle avait un sugar daddy, qui lui payait l’appart, et j’ai compris un petit peu après qu’elle était escort.
Et aussi giga complotiste, à base de “l’avortement ça mène au diable” et “les pyramides ont été créées par des aliens avec des lasers” (allez stop).
Ça mettait une ambiance assez particulière où elle me disait constamment qu’elle avait pas d’amis et était seule puis d’un coup me demandait si sa robe de soirée était assez courte et sexy et si mettre des fausses perles ça faisait classe parce qu’elle allait rencontrer ses amis et des “clients importants de mes amis avocats”.
Ah et aussi, parce que tant qu’à déchanter sévère, vous vous souvenez du Brexit ? Il a été voté quelques semaines après mon arrivée. Et c’est marrant (non), mais ça a fait une différence de malade dans le comportement des Anglais, l’ambiance a changé d’un coup. Ça insultait des familles espagnoles dans les métros, lynchait des polonais dans les bus, et la voie vers la xénophobie et le racisme a été suffisamment entrouverte pour qu’ils s’y jettent complètement et se permettent d’être décomplexés dans leur haine.
Et puis il y a eu le covid. Combo gagnant dans la lose infernale, qui a fait que l’opportunité trop chouette que je m’étais dégotée est tombée à l’eau. Les petits contacts que je m’étais faits avaient une tout autre idée que la mienne sur les industries culturelles à Londres : c’est bouché, c’est du népotisme, il faut se faire sponso et pour se faire sponso il faut de la thune et des contacts et financer/faire de la lèche sur des années à ceux qui sont en poste, les sélections sont préfaites et ne donnent pas de chances aux gens en dehors de leur cercle déjà établi, tous les nouveaux créatifs se cassent au Canada.
Et puis maintenant les étrangers, personne ne veut les embaucher, on veut pas, vous allez nous prendre le peu d'opportunités qu’il y a. Ah.
100% réel pour elle (source : elle a vu une vidéo YouTube)
Les petites étoiles que j’avais accrochées de mon rêve sont tombées une à une. J’avais de plus en plus de mal avec la colocation (ils ont quasiment tous déménagé un par un, et je me suis retrouvée avec ma coloc escort et une nouvelle qui venait d’emménager et qui nous a fait subir certaines des pires choses que j’ai jamais vécues, mais ça c’est pour une autre fois) (pour donner un peu le ton : j’ai appelé la police 2 fois).
Les gens sont devenus de plus en plus méprisants et méchants, je me suis pris une tonne de réflexions sur le fait d’être “non-anglaise”. Toutes les personnes que je connaissais et côtoyais sont rentrées dans leurs pays d’origines. J’ai plutôt vu un pays qui se renferme et du mépris plutôt que le havre de création et terre d’accueil jadis promue.
Il y a eu des moments où j’avais peur d’être démasquée (si je parlais pas trop, ou qu’avec d’autres étrangers comme moi, j’étais plutôt tranquille, mais quand on décelait une prononciation ou une hésitation louche, j’étais vite dans la merde) parce que d’un coup je me faisais fixée un peu trop intensément (et vraiment un peu effrayant) ou que j’entendais des horreurs juste à côté de moi sur les “sales étrangers qui viennent chez nous” ou mêmes “les français dégueulasses que je déteste”. (ah cool).
Je me suis faite arnaquer par une formation pour “cinéaste indépendant”, dont j’ai compris que c’était du vent au moment où on a passé un cours à se faire lire nos chartes astrologiques (le saviez vous ? Je suis Bélier alors c’est du FEU, et si je suis un signe de FEU ça veut dire que j’ai le FUEGO en moi, mais vu que je suis ascendant Cancer ça fait que je suis pas une connasse qui gueule sur les gens, waouh) (je plains les signes de terre alors, vous êtes remplis de taupes du coup ?).
Je me suis faite exploiter par des jobs où j’ai pas été payée (si pardon, j’avais le droit d’avoir un profil sur son compte Disney+, si ça c’est pas généreux), et rejetée de la totalité des offres d’emplois alors qu’on m’a assuré que mon CV était top.
Y’a pas eu que du mauvais non plus. J’ai réussi par déménager pour un appart toute seule (mon seul à ce jour avec une chambre séparée, mais la moitié de l’appart fallait être accroupi pour circuler). Je suis devenue blonde (genre blond BLOND presque platine). J’ai fait un road trip dans le Derbyshire (et du coup j’ai vu THE estate dans Orgueil et Préjugés, mais que de loin, parce que si on se rapprochait trop fallait payer et j’avais absolument no money).
J’ai vu Manchester, Bath et Brighton, station balnéaire qui me faisait rêver (je m’étais même renseignée pour étudier là-bas). J’ai fait des super festivals de cinéma, j’ai fait partie d’un talk à l’un d’entre eux (avec le petit badge, le micro et le photoshoot avant et tout, quelle star) (j’ai l’air un peu morte à l’intérieur dessus d’ailleurs), je suis entrée dans une fameuse Soho House (spoiler : ça a rien de fou).
J’ai fait un bal sur le thème de Bridgerton (j’avais loué une robe pour l’occasion et même moi je me trouvais trop bien). Je suis allée au théâtre et était en fou rire parce que je comprenais RIEN et que toute la salle était en larme tellement c’était émouvant (ils parlaient très vite, c’était quasi que des vieux avec des accents gallois MAIS y avait Michael Sheen alors j’ai au moins gagné ça) (c’était la pièce Au bois lacté de Dylan Thomas).
J’ai fait du karaoké dans un pub. Puis j’ai pris un nombre inconsidérable de pintes dans des pubs. J’ai découvert Paddington (jtm) sur place. J’ai dansé dans la rue. J’ai fait des soirées randoms type squatter l’anniversaire d’une fille que je connais pas et être invitée à l’after quand même. J’ai rencontré plein de gens. J’ai bu (littéralement) un litre de cocktail mais servi dans une théière pour le côté girly (et le cocktail était bleu). Mangé des parts de gâteaux plus gros que ma tête (miam). Je suis allée plus de fois en boite de nuit là-bas que toute ma vie combinée. J’ai découvert des petites pépites méconnues à visiter. J’ai fait tous les musées possibles et flâné dedans, encore et encore. Et j’ai surtout compris que j’avais pas ma place là-bas.
cheveux sec à mort mais elle est contente regardez
Vers la fin, j’en pouvais tellement plus qu’il y avait des jours où je ne sortais pas de chez moi, parce que j’avais pas la force de parler une autre langue. Je voulais pas. J’en pouvais plus de voir des scones et pas de baguettes dans la supérette, de voir mon petit beurre Paysan Breton à un prix aussi abusé (et donc hors budget pour moi, on m’a forcé à abandonner mon beurre, voyez dans quel enfer j’ai vécu).
J’avais envie de sortir des gros BONJOUR au lieu des chiants '“heya”, de manger du vrai pain, de pas devoir tout traduire dans ma tête constamment et de pouvoir poser mes fesses sur des sièges confortables dans des bars plutôt que d’être debout dans un pub.
Puis il a été temps de faire face à la réalité : il fallait rentrer. On est en 2022, j’avais plus de sous, toujours pas de travail, une seule amie qui prenait un peu trop ses aises et ça commençait à m’enfoncer davantage, et aucun perspective future d’amélioration, que ce soit pour moi ou pour la situation globale du pays. Je m’étais assez battue.
Quand je faisais mes cartons, j’ai reçu un mail qui poussait à faire des prêts à la consommation pour payer ses factures d'électricité et de gaz tellement les prix augmentaient et que la précarité augmentait. Alors j’ai fait mes cartons, j’ai compris que le Londres dont j’avais tant rêvé n’existait plus (ou peut-être il n’a jamais vraiment existé), et je suis partie.
Ça fait mal de dire au revoir à un rêve, surtout un rêve d’enfant. De renoncer à l’idéaliser davantage. Ça fait grandir aussi, forcément. J’ai beaucoup appris sur moi, j’ai pris confiance en moi, j’ai découvert une autre facette du monde aussi, pour laquelle j’étais plutôt à l’abri dans ma bulle d’autrefois. J’ai découvert la plus grosse solitude que j’aie jamais vécue alors que je pensais être déjà bien rodée.
Et malgré tout j’ai quand même eu de la chance, de pouvoir le tenter, le vivre et l’abandonner. Malgré tout, je l’ai fait, j’ai vécu à Londres, comme je me l’étais promis.
Il y a quelques jours, c’était la date anniversaire de mon retour en France, que j’avais vraiment vécu comme un coup de poignard. Un échec. Mais là maintenant, je me dis que c’était bien la meilleure décision à prendre. Il y a 4 ans, j’avais un rêve un peu fou et complètement flou, et j’étais loin de tout ce que j’aimais le plus. Maintenant, je suis bien.
Je commence à considérer l’éventualité d’y retourner un jour, mais juste en touriste (parce que c’est bien mieux, au final). Et au moins depuis mon retour en France je peux manger de la bouffe qui a du goût (pas comme là-bas où tout est DÉGUEULASSE c’est pas possible).
À la prochaine,
PS : je suis persuadée que le case colocation cheloue est obligatoire si on veut vivre à Londres, SORRYYYYY si vous vouliez tenter l’expérience (ptet pas au point d’appeler la police non plus, en tout cas j’espère pour vous).
PPS : vous ferez probablement une overdose de gin là bas, et c’est tant mieux (c’est infecte même si c’est goût rose ou autre truc nul).
Sooooooo ?
Si ça vous a plu, déjà n’hésitez pas à me le dire ça me fera très plaisir et je sautillerai de joie, et vous pouvez aussi la transférer, la partager, l’épingler à jamais dans votre boîte mail si vous l’avez trouvé aussi géniale que ça (roh arrêtez, je vais rougir)
Et pour une (tentative) de compil de photo de ma tronche blonde à Londres, c’est par ici :
See ya comme ils disent !