Une des choses que jâadore plus que tout au monde, si vous aviez pas encore eu le mĂ©mo ou que vous avez dĂ©jĂ oubliĂ© ma toute premiĂšre newsletter (han la honte), câest le cinĂ©ma (oui le titre câest bien pour la salle de cinĂ©ma et non la salle de sport) (je suis pas encore devenue une gym girl en deux semaines sorry).
Jâai lâimpression dâadorer ça depuis que je suis nĂ©e, de la cassette de Mulan que je regardais en boucle le nez collĂ© Ă la tĂ©lĂ© jusquâĂ y ressentir la sensation de statique quand je passais ma main sur lâĂ©cran en attendant de finir de rembobiner pour le mater pour la 5á” fois de la journĂ©e, aux films en tout genre dans mon lit quand jâĂ©tais bien au fond du trou ado, jusquâĂ maintenant Ă Paris, la ville avec le plus de cinĂ©mas au monde ET le cinĂ©ma le plus frĂ©quentĂ© du monde (coucou lâUGC des Halles).
Petite, jâai le souvenir dâaller souvent au cinĂ©ma, au gros multiplexe de la ville oĂč on habitait alors. Je me souviens aussi trĂšs bien du jour oĂč mon frĂšre et mon pĂšre sont partis voir Le Seigneur des Anneaux 3, et que jâavais pas le droit dây aller parce que âtâes trop petiteâ (je suis pas petite jâai 6 ans, nah), Ă les regarder partir, descendre les escaliers en fanfaronnant, tandis que je mâaccrochais Ă la rambarde comme une princesse coincĂ©e dans sa tour et qui voyait le chevalier se casser sans elle. Triste vie.
Jâai rĂ©ussi 2 ans plus tard Ă suffisamment les gonfler pour quâils acceptent que je vienne avec eux pour voir Star Wars 3. La seule chose dont je me souvienne de cette sĂ©ance, câest de mes pleurs dâenfant trĂšs trĂšs (trĂšs) forts face au duel Obi-Wan/Anakin dans la lave, lĂ . Des sanglots comme pas permis. JâĂ©tais peut-ĂȘtre trop petite en fait.
Au lycĂ©e, aprĂšs moult dĂ©mĂ©nagements et quand câĂ©tait bien bien la merde (vive les annĂ©es lycĂ©e hein) (non), mon seul rĂ©pit Ă©tait dâaller, les mercredis aprĂšs-midi, au cinĂ©ma, seule. Et puis les week-ends aussi. Et chaque instant possible, en mâen foutant grandement quâon se moque parce que jâai pas pris un shot de vodka cerise Ă la boĂźte de nuit du coin comme les âgens normauxâ ce weekend, parce que jâai prĂ©fĂ©rĂ© aller dans une salle obscure avec que des petits vieux pour regarder un film oĂč le mec prend un shot de vodka cerise dans la boĂźte de nuit du coin.
Le petit cinĂ©ma du centre-ville n'avait que deux salles : une pour les grosses sorties, une pour les films un peu plus petits, et dans cette salle câĂ©tait toujours en VO. DĂšs que je gravissais ses petites marches pour pousser sa porte dâentrĂ©e, jâallais dĂ©jĂ mieux.
Quand jâai eu des copains, on avait un rituel que je trouvais trĂšs trĂšs chouette : quasi toutes les semaines, le samedi, on se retrouvait au cinĂ©ma de lâautre ville (il Ă©tait plus grand, il y avait 6 salles, et beaucoup en VO, vous comprenez), puis on marchait sur les quais pour rejoindre lâancienne ville fortifiĂ©e, on grimpait jusquâau pub irlandais, et on prenait un verre.
Alors quâavec les autres clients ils Ă©taient trĂšs stricts sur les restrictions dâĂąge et la consommation dâalcool (tellement jubilatoire de voir un bully se faire servir un jus dâorange au lieu de son shot de vodka cerise) (quâest-ce que jâai avec les shots de vodka cerise moi ?), je sais pas pourquoi, quand ils voyaient nos trois pâtites tĂȘtes bien juvĂ©niles leur commander des monacos et des mojitos, ils nous servaient direct, jusquâĂ ce quâon ait mĂȘme plus besoin de dire ce quâon voulait boire au bout de quelques semaines.
Mes 18 ans, je les ai fĂȘtĂ©s deux fois (hehe), et les deux fois au cinĂ©ma : une fois avec mes potes, voir Un homme idĂ©al (câĂ©tait pas ouf), qui mâont demandĂ© âmais tu veux vraiment JUSTE aller au cinĂ©ma ? Câest nul nan ?â (non), et une autre fois avec ma maman, voir Cendrillon (câĂ©tait super). Mes 20 ans, je les ai fĂȘtĂ©s dans une des salles de cinĂ©ma sur les Champs-ĂlysĂ©es pour revoir La La Land (câĂ©tait encore plus super). On dirait que y a un petit schĂ©ma qui se dessine, alors que les 30 ans arrivent bientĂŽt (aĂŻe).
Jâadore aller au cinĂ©ma. En salle de cinĂ©ma. Je trouve que câest un endroit quasi magique, oĂč des inconnus se rassemblent pour dĂ©couvrir une Ćuvre. OĂč, quand tout se passe correctement, le silence qui rĂšgne lorsque le premier plan du film apparaĂźt Ă lâĂ©cran est majestueux (jâai pas aimĂ© le film, mais le silence de la salle pour lâouverture de Gravity est gravĂ© dans ma mĂ©moire). OĂč les rires et les sanglots communs transposent une expĂ©rience de visionnage en vĂ©ritable partage.
OĂč, pour le temps de quelques heures, on disparaĂźt, nous et nos soucis, pour laisser place Ă quelque chose de plus grand. Et quand il est lâheure de sortir, on en repart changĂ©, sublimĂ©. Le cĆur gros mais rempli de bonheur, de beau, de joie, dâaventures, de sensations fortes, de chocs. Quâimporte. MĂȘme quand on est pas content, que le film est mauvais, on ressent, on cherche Ă comprendre, on sort de lĂ en sâinventant un film bis, meilleur, en tout cas meilleur pour nous.
Quand les lumiĂšres sâĂ©teignent au dĂ©but de la sĂ©ance, Ă chaque fois, Ă chaque film, je regarde mes mains disparaĂźtre dans la pĂ©nombre. Mes mains que je vois constamment, gĂ©nĂ©ralement un peu mon guide pour me dire que je suis bien lĂ , qui trahissent bien trop souvent ce que je ressens (eh vas-y que ça tremblote comme si jâavais fait la guerre dĂšs que je suis en panique, et que ça bouge dans tous les sens quand je suis trop contente) ben pour deux heures, elles sont plus lĂ .
Mon corps est plus lĂ , mes pensĂ©es sont plus lĂ . Le seul truc qui me rappelle Ă moi, câest quand je sens des larmes sur mon visage que jâarrive pas Ă contrĂŽler. Et je me dis que pfiou, câest tellement magique ce quâil se passe.
Et cette chance, dâavoir des cinĂ©mas partout, des indĂ©s, des arts et essais, des gros. La FilmothĂšque, le Champo, le Christine 21, je vous aime pour passer des classiques et des pĂ©pites et partager lâhistoire du cinĂ©ma, jây suis tellement allĂ©e pendant mes Ă©tudes et jâadore pour y retourner maintenant aussi, câest une bulle dans une bulle que de pouvoir regarder un vieux film en salle.
La CinĂ©mathĂšque et toutes ses rĂ©trospectives, quel bonheur en 2025 dâavoir pu voir autant de films de Wes Anderson sur grand Ă©cran (dâailleurs cette annĂ©e ils font une expo sur Marilyn Monroe, et autant vous dire que jâai trop hĂąte de pouvoir revoir Certains lâaiment chaud et Les hommes prĂ©fĂšrent les blondes). Et puis tous ces UGC et MK2, partout, dissĂ©minĂ©s dans la ville, la VO Ă foison. Et le Forum des Images !! Quel bonheur.
Y a des sĂ©ances qui mâont marquĂ©, en mal comme en bien. Il y a celle dâAftersun oĂč toute la salle est partie en pleurant, celle de Star Wars IX en rageant. Il y a celles qui faisaient peur, comme celle de The Dark Knight Rises suite Ă lâattentat pendant la projection Ă Aurora, ou celles aprĂšs le Bataclan, oĂč chaque bruit sourd qui venait de salles Ă cĂŽtĂ©, des portes trop brusquement poussĂ©es, ou juste les tuyaux faisaient sursauter tout le monde.
Celle de Vice-Versa, qui sâest arrĂȘtĂ©e en plein milieu parce quâun gros incendie Ă cĂŽtĂ© de la ville a coupĂ© lâĂ©lectricitĂ©, et on a fini sur la plage dans le noir Ă Ă©couter le bruit des vagues. Celle dâAlice au Pays des Merveilles qui a Ă©tĂ© ma toute premiĂšre sĂ©ance solo. Toutes les avant-premiĂšres au Grand Rex et aux UGC oĂč jâai pu voir les Ă©quipes, les rĂ©als et me dire que ohlala ce serait super un jour dâĂȘtre sur lâestrade Ă leur place.
Celles de Londres : oĂč jâavais peur dâavance en me rendant compte que manger des nachos, un milkshake et un hot dog dans la mĂȘme sĂ©ance, câest normal et surtout encouragĂ©. Celle oĂč jâai fait chier lâagent du cinĂ©ma en leur signalant quâil y avait eu tout au long de la sĂ©ance un dĂ©faut au vu des grosses lumiĂšres blanches allumĂ©es et braquĂ©es sur nos gueules pendant tout le film, avant quâil me dise que ben non connasse câest les lumiĂšres de sĂ©curitĂ©, vous allez pas ĂȘtre dans le noir complet non plus (ah) (pour ma dĂ©fense câĂ©tait vraiment des gros spots pile au-dessus de ma tĂȘte).
Celle oĂč justement câĂ©tait le noir complet et que le monsieur a cru devoir mâinformer que câĂ©tait une catastrophe dâĂȘtre autant dans le noir et que si je voulais voir un autre film câĂ©tait possible pour pas ĂȘtre âdans des conditions pareillesâ et qui a dĂ» me prendre pour une folle au vu de mon grand sourire parce que jâĂ©tais trop contente de retrouver une vraie salle obscure (OBSCURE on a dit, câest pas pour rien). Celle de The Gentlemen, oĂč jâĂ©tais bien contente dâavoir pu trouver une sĂ©ance avec des sous-titres. Celle de The French Dispatch, qui mâa fait comprendre quâil Ă©tait temps de rentrer Ă la maison (jâai encore le frigo le post-it avec la citation du film qui mâa bouleversĂ©).
Toutes celles oĂč jâai aimĂ© ou dĂ©testĂ© un film et me suis retournĂ©e vers ma pote pour voir sa rĂ©action et dĂ©couvrir quâelle en pensait systĂ©matiquement lâinverse total avant dâĂȘtre soit consternĂ©e soit de partir en fou rire. Celle oĂč jâai emmenĂ© ma grand-mĂšre voir Avatar, et je lâentends encore sâĂ©merveiller dâĂ quel point câĂ©tait beau, elle qui Ă©tait pas retournĂ©e au cinĂ©ma depuis presque 10 ans et qui est un des rares moments que jâai en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec elle, me faisant Ă jamais pas dĂ©tester complĂštement le film (il reste quand mĂȘme pas bien).
Celles oĂč on y allait tous en famille Ă la veille de NoĂ«l quand jâĂ©tais petite. Celle oĂč jâai suivi des copines pour voir Titanic 3D (une bonne idĂ©e de merde) et dont les grosses lunettes mâont fait chier tout du long et mâont presque fait un bleu au nez. Celle de Spy Kids 3 dont la 3D Ă©tait bien plus cool. Celle pour Inception oĂč toute la salle a hurlĂ© de terreur parce que câĂ©tait mal cadrĂ©, et le projectionniste a Ă©tĂ© forcĂ© de tout recommencer.
Celle pour The Grand Budapest Hotel, qui restera Ă jamais gravĂ©e dans ma tĂȘte et mon cĆur pour mâavoir redonnĂ© espoir et insufflĂ© la folle envie de faire moi aussi des films.
Il y en a tellement eu dâautres, et tellement dâhistoires Ă raconter. Câest un moment si particulier, avant, pendant, aprĂšs. On porte le moment et lâĆuvre avec soi, pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Une semaine, un an, toute une vie, jusquâĂ devenir une accumulation dâanecdotes certes, mais qui forgent et qui installent un bonheur rĂ©el en y repensant.
Je suis pas sĂ»re dâavoir dĂ©jĂ eu ça devant Netflix. Jâai peu, voire pas de sĂ©ances mĂ©morables depuis mon canapĂ© (des bons films bien sĂ»r que oui, des moments particuliers jâai beau creuser rien ne me vient). Alors oui câest pratique, et puis ça permet de voir plein de films tout le temps, je suis la premiĂšre Ă me faire un bon marathon de 2 voire 3 films dĂšs que je le peux et Ă saigner arte.tv avec tous les super films quâils y mettent.
Mais le cinĂ©ma, la salle de cinĂ©ma, câest un moment Ă soi, parfois Ă partager avec quelquâun, parfois non, un moment de paix, de sĂ©rĂ©nitĂ© oĂč lâon sâoublie un instant pour ĂȘtre transportĂ© ailleurs, pour vivre autre chose, pour prendre du recul ou parfois mĂȘme sans quâon sâen rende compte, trouver des rĂ©ponses.
Câest se surprendre Ă rire Ă haute voix ou Ă retenir un sanglot, constater que lâassemblĂ©e est dans la mĂȘme situation et faire partie dâun tout, pour quelques heures. Câest un refuge, un sanctuaire, un source de joie, de mieux, de possible. Pour moi câest ça le cinĂ©ma.
Par ailleurs, si vous voulez voir un super film, qui Ă coup sĂ»r ne peut que vous Ă©mouvoir (jâai tellement pleurĂ©, jâarrivais pas Ă me retenir), je vous conseille Hamnet de ChloĂ© Zhao qui est sorti rĂ©cemment, qui raconte le deuil de la famille Shakespeare Ă la suite du dĂ©cĂšs de leur fils. Visuellement câest magnifique, lâhistoire est sublime, la passion, lâamour, la douleur transpirent et sortent de lâĂ©cran, câest rĂ©el, palpable, ça transcende pour toucher en plein cĆur. Câest poĂ©tique, tragique et vrai. Et câest Ă voir sur grand Ă©cran, absolument. (+ ils ont dĂ©jĂ remportĂ© le Golden Globes pour meilleur film et meilleure actrice et cette reine Jessie Buckley peut trĂšs probablement se dĂ©goter lâOscar tant elle est bluffante).
Ă la prochaine,
PS : Pour un bon shot de vodka cerise, il vous faut :
De la vodka (3cl)
De la cerise (3cl)
Un petit verre, préférablement un peu fun sinon la vie est moins sympa avec des verres boring
Faites moitiĂ©-moitiĂ© de vodka et de cerise, ou soyez foufou et faites 20-80, ou 10-90, ou 7-93, en sachant que la cerise câest quand mĂȘme meilleur que la vodka
Faites clinquer votre verre avec celui ou celle qui vous accompagne (buvez pas des shots tout seul câest un peu trop triste) (buvez pas tout seul tout court), tapez le comptoir avec votre verre et go dans le gosier, et retournez votre verre sur le comptoir pour prouver bien fiĂšrement que vous lâavez bu jusquâĂ la derniĂšre goutte ce shot. Bonus si vous criez un POUAH ou un WOOH pour exprimer votre mĂ©contentement ou satisfaction vis-Ă -vis de ce fin breuvage.
Et paf vous voilĂ membre du club des gens qui boivent des shots de vodka cerise. Bienvenue.
Zâavez aimĂ© ?
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Byyyyyye
