đŸŽžïž La salle

Channeling ma Nicole Kidman "we make movies better" pour les cinémas Odeon énergie

Motes
6 min ⋅ 12/02/2026

Une des choses que j’adore plus que tout au monde, si vous aviez pas encore eu le mĂ©mo ou que vous avez dĂ©jĂ  oubliĂ© ma toute premiĂšre newsletter (han la honte), c’est le cinĂ©ma (oui le titre c’est bien pour la salle de cinĂ©ma et non la salle de sport) (je suis pas encore devenue une gym girl en deux semaines sorry).

J’ai l’impression d’adorer ça depuis que je suis nĂ©e, de la cassette de Mulan que je regardais en boucle le nez collĂ© Ă  la tĂ©lĂ© jusqu’à y ressentir la sensation de statique quand je passais ma main sur l’écran en attendant de finir de rembobiner pour le mater pour la 5ᔉ fois de la journĂ©e, aux films en tout genre dans mon lit quand j’étais bien au fond du trou ado, jusqu’à maintenant Ă  Paris, la ville avec le plus de cinĂ©mas au monde ET le cinĂ©ma le plus frĂ©quentĂ© du monde (coucou l’UGC des Halles). 

Petite, j’ai le souvenir d’aller souvent au cinĂ©ma, au gros multiplexe de la ville oĂč on habitait alors. Je me souviens aussi trĂšs bien du jour oĂč mon frĂšre et mon pĂšre sont partis voir Le Seigneur des Anneaux 3, et que j’avais pas le droit d’y aller parce que “t’es trop petite” (je suis pas petite j’ai 6 ans, nah), Ă  les regarder partir, descendre les escaliers en fanfaronnant, tandis que je m’accrochais Ă  la rambarde comme une princesse coincĂ©e dans sa tour et qui voyait le chevalier se casser sans elle. Triste vie.

J’ai rĂ©ussi 2 ans plus tard Ă  suffisamment les gonfler pour qu’ils acceptent que je vienne avec eux pour voir Star Wars 3. La seule chose dont je me souvienne de cette sĂ©ance, c’est de mes pleurs d’enfant trĂšs trĂšs (trĂšs) forts face au duel Obi-Wan/Anakin dans la lave, lĂ . Des sanglots comme pas permis. J’étais peut-ĂȘtre trop petite en fait. 

Au lycĂ©e, aprĂšs moult dĂ©mĂ©nagements et quand c’était bien bien la merde (vive les annĂ©es lycĂ©e hein) (non), mon seul rĂ©pit Ă©tait d’aller, les mercredis aprĂšs-midi, au cinĂ©ma, seule. Et puis les week-ends aussi. Et chaque instant possible, en m’en foutant grandement qu’on se moque parce que j’ai pas pris un shot de vodka cerise Ă  la boĂźte de nuit du coin comme les “gens normaux” ce weekend, parce que j’ai prĂ©fĂ©rĂ© aller dans une salle obscure avec que des petits vieux pour regarder un film oĂč le mec prend un shot de vodka cerise dans la boĂźte de nuit du coin. 

Le petit cinĂ©ma du centre-ville n'avait que deux salles : une pour les grosses sorties, une pour les films un peu plus petits, et dans cette salle c’était toujours en VO. DĂšs que je gravissais ses petites marches pour pousser sa porte d’entrĂ©e, j’allais dĂ©jĂ  mieux.

Quand j’ai eu des copains, on avait un rituel que je trouvais trĂšs trĂšs chouette : quasi toutes les semaines, le samedi, on se retrouvait au cinĂ©ma de l’autre ville (il Ă©tait plus grand, il y avait 6 salles, et beaucoup en VO, vous comprenez), puis on marchait sur les quais pour rejoindre l’ancienne ville fortifiĂ©e, on grimpait jusqu’au pub irlandais, et on prenait un verre.

Alors qu’avec les autres clients ils Ă©taient trĂšs stricts sur les restrictions d’ñge et la consommation d’alcool (tellement jubilatoire de voir un bully se faire servir un jus d’orange au lieu de son shot de vodka cerise) (qu’est-ce que j’ai avec les shots de vodka cerise moi ?), je sais pas pourquoi, quand ils voyaient nos trois p’tites tĂȘtes bien juvĂ©niles leur commander des monacos et des mojitos, ils nous servaient direct, jusqu’à ce qu’on ait mĂȘme plus besoin de dire ce qu’on voulait boire au bout de quelques semaines. 

Mes 18 ans, je les ai fĂȘtĂ©s deux fois (hehe), et les deux fois au cinĂ©ma : une fois avec mes potes, voir Un homme idĂ©al (c’était pas ouf), qui m’ont demandĂ© “mais tu veux vraiment JUSTE aller au cinĂ©ma ? C’est nul nan ?” (non), et une autre fois avec ma maman, voir Cendrillon (c’était super). Mes 20 ans, je les ai fĂȘtĂ©s dans une des salles de cinĂ©ma sur les Champs-ÉlysĂ©es pour revoir La La Land (c’était encore plus super). On dirait que y a un petit schĂ©ma qui se dessine, alors que les 30 ans arrivent bientĂŽt (aĂŻe).

J’adore aller au cinĂ©ma. En salle de cinĂ©ma. Je trouve que c’est un endroit quasi magique, oĂč des inconnus se rassemblent pour dĂ©couvrir une Ɠuvre. OĂč, quand tout se passe correctement, le silence qui rĂšgne lorsque le premier plan du film apparaĂźt Ă  l’écran est majestueux (j’ai pas aimĂ© le film, mais le silence de la salle pour l’ouverture de Gravity est gravĂ© dans ma mĂ©moire). OĂč les rires et les sanglots communs transposent une expĂ©rience de visionnage en vĂ©ritable partage.

OĂč, pour le temps de quelques heures, on disparaĂźt, nous et nos soucis, pour laisser place Ă  quelque chose de plus grand. Et quand il est l’heure de sortir, on en repart changĂ©, sublimĂ©. Le cƓur gros mais rempli de bonheur, de beau, de joie, d’aventures, de sensations fortes, de chocs. Qu’importe. MĂȘme quand on est pas content, que le film est mauvais, on ressent, on cherche Ă  comprendre, on sort de lĂ  en s’inventant un film bis, meilleur, en tout cas meilleur pour nous. 

Quand les lumiĂšres s’éteignent au dĂ©but de la sĂ©ance, Ă  chaque fois, Ă  chaque film, je regarde mes mains disparaĂźtre dans la pĂ©nombre. Mes mains que je vois constamment, gĂ©nĂ©ralement un peu mon guide pour me dire que je suis bien lĂ , qui trahissent bien trop souvent ce que je ressens (eh vas-y que ça tremblote comme si j’avais fait la guerre dĂšs que je suis en panique, et que ça bouge dans tous les sens quand je suis trop contente) ben pour deux heures, elles sont plus lĂ .

Mon corps est plus lĂ , mes pensĂ©es sont plus lĂ . Le seul truc qui me rappelle Ă  moi, c’est quand je sens des larmes sur mon visage que j’arrive pas Ă  contrĂŽler. Et je me dis que pfiou, c’est tellement magique ce qu’il se passe. 

Et cette chance, d’avoir des cinĂ©mas partout, des indĂ©s, des arts et essais, des gros. La FilmothĂšque, le Champo, le Christine 21, je vous aime pour passer des classiques et des pĂ©pites et partager l’histoire du cinĂ©ma, j’y suis tellement allĂ©e pendant mes Ă©tudes et j’adore pour y retourner maintenant aussi, c’est une bulle dans une bulle que de pouvoir regarder un vieux film en salle.

La CinĂ©mathĂšque et toutes ses rĂ©trospectives, quel bonheur en 2025 d’avoir pu voir autant de films de Wes Anderson sur grand Ă©cran (d’ailleurs cette annĂ©e ils font une expo sur Marilyn Monroe, et autant vous dire que j’ai trop hĂąte de pouvoir revoir Certains l’aiment chaud et Les hommes prĂ©fĂšrent les blondes). Et puis tous ces UGC et MK2, partout, dissĂ©minĂ©s dans la ville, la VO Ă  foison. Et le Forum des Images !! Quel bonheur. 

Y a des sĂ©ances qui m’ont marquĂ©, en mal comme en bien. Il y a celle d’Aftersun oĂč toute la salle est partie en pleurant, celle de Star Wars IX en rageant. Il y a celles qui faisaient peur, comme celle de The Dark Knight Rises suite Ă  l’attentat pendant la projection Ă  Aurora, ou celles aprĂšs le Bataclan, oĂč chaque bruit sourd qui venait de salles Ă  cĂŽtĂ©, des portes trop brusquement poussĂ©es, ou juste les tuyaux faisaient sursauter tout le monde.

Celle de Vice-Versa, qui s’est arrĂȘtĂ©e en plein milieu parce qu’un gros incendie Ă  cĂŽtĂ© de la ville a coupĂ© l’électricitĂ©, et on a fini sur la plage dans le noir Ă  Ă©couter le bruit des vagues. Celle d’Alice au Pays des Merveilles qui a Ă©tĂ© ma toute premiĂšre sĂ©ance solo. Toutes les avant-premiĂšres au Grand Rex et aux UGC oĂč j’ai pu voir les Ă©quipes, les rĂ©als et me dire que ohlala ce serait super un jour d’ĂȘtre sur l’estrade Ă  leur place.

Celles de Londres : oĂč j’avais peur d’avance en me rendant compte que manger des nachos, un milkshake et un hot dog dans la mĂȘme sĂ©ance, c’est normal et surtout encouragĂ©. Celle oĂč j’ai fait chier l’agent du cinĂ©ma en leur signalant qu’il y avait eu tout au long de la sĂ©ance un dĂ©faut au vu des grosses lumiĂšres blanches allumĂ©es et braquĂ©es sur nos gueules pendant tout le film, avant qu’il me dise que ben non connasse c’est les lumiĂšres de sĂ©curitĂ©, vous allez pas ĂȘtre dans le noir complet non plus (ah) (pour ma dĂ©fense c’était vraiment des gros spots pile au-dessus de ma tĂȘte).

Celle oĂč justement c’était le noir complet et que le monsieur a cru devoir m’informer que c’était une catastrophe d’ĂȘtre autant dans le noir et que si je voulais voir un autre film c’était possible pour pas ĂȘtre “dans des conditions pareilles” et qui a dĂ» me prendre pour une folle au vu de mon grand sourire parce que j’étais trop contente de retrouver une vraie salle obscure (OBSCURE on a dit, c’est pas pour rien). Celle de The Gentlemen, oĂč j’étais bien contente d’avoir pu trouver une sĂ©ance avec des sous-titres. Celle de The French Dispatch, qui m’a fait comprendre qu’il Ă©tait temps de rentrer Ă  la maison (j’ai encore le frigo le post-it avec la citation du film qui m’a bouleversĂ©).

Toutes celles oĂč j’ai aimĂ© ou dĂ©testĂ© un film et me suis retournĂ©e vers ma pote pour voir sa rĂ©action et dĂ©couvrir qu’elle en pensait systĂ©matiquement l’inverse total avant d’ĂȘtre soit consternĂ©e soit de partir en fou rire. Celle oĂč j’ai emmenĂ© ma grand-mĂšre voir Avatar, et je l’entends encore s’émerveiller d’à quel point c’était beau, elle qui Ă©tait pas retournĂ©e au cinĂ©ma depuis presque 10 ans et qui est un des rares moments que j’ai en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec elle, me faisant Ă  jamais pas dĂ©tester complĂštement le film (il reste quand mĂȘme pas bien).

Celles oĂč on y allait tous en famille Ă  la veille de NoĂ«l quand j’étais petite. Celle oĂč j’ai suivi des copines pour voir Titanic 3D (une bonne idĂ©e de merde) et dont les grosses lunettes m’ont fait chier tout du long et m’ont presque fait un bleu au nez. Celle de Spy Kids 3 dont la 3D Ă©tait bien plus cool. Celle pour Inception oĂč toute la salle a hurlĂ© de terreur parce que c’était mal cadrĂ©, et le projectionniste a Ă©tĂ© forcĂ© de tout recommencer.

Celle pour The Grand Budapest Hotel, qui restera Ă  jamais gravĂ©e dans ma tĂȘte et mon cƓur pour m’avoir redonnĂ© espoir et insufflĂ© la folle envie de faire moi aussi des films.

Il y en a tellement eu d’autres, et tellement d’histoires Ă  raconter. C’est un moment si particulier, avant, pendant, aprĂšs. On porte le moment et l’Ɠuvre avec soi, pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e. Une semaine, un an, toute une vie, jusqu’à devenir une accumulation d’anecdotes certes, mais qui forgent et qui installent un bonheur rĂ©el en y repensant.

Je suis pas sĂ»re d’avoir dĂ©jĂ  eu ça devant Netflix. J’ai peu, voire pas de sĂ©ances mĂ©morables depuis mon canapĂ© (des bons films bien sĂ»r que oui, des moments particuliers j’ai beau creuser rien ne me vient). Alors oui c’est pratique, et puis ça permet de voir plein de films tout le temps, je suis la premiĂšre Ă  me faire un bon marathon de 2 voire 3 films dĂšs que je le peux et Ă  saigner arte.tv avec tous les super films qu’ils y mettent.

Mais le cinĂ©ma, la salle de cinĂ©ma, c’est un moment Ă  soi, parfois Ă  partager avec quelqu’un, parfois non, un moment de paix, de sĂ©rĂ©nitĂ© oĂč l’on s’oublie un instant pour ĂȘtre transportĂ© ailleurs, pour vivre autre chose, pour prendre du recul ou parfois mĂȘme sans qu’on s’en rende compte, trouver des rĂ©ponses.

C’est se surprendre Ă  rire Ă  haute voix ou Ă  retenir un sanglot, constater que l’assemblĂ©e est dans la mĂȘme situation et faire partie d’un tout, pour quelques heures. C’est un refuge, un sanctuaire, un source de joie, de mieux, de possible. Pour moi c’est ça le cinĂ©ma.

Par ailleurs, si vous voulez voir un super film, qui Ă  coup sĂ»r ne peut que vous Ă©mouvoir (j’ai tellement pleurĂ©, j’arrivais pas Ă  me retenir), je vous conseille Hamnet de ChloĂ© Zhao qui est sorti rĂ©cemment, qui raconte le deuil de la famille Shakespeare Ă  la suite du dĂ©cĂšs de leur fils. Visuellement c’est magnifique, l’histoire est sublime, la passion, l’amour, la douleur transpirent et sortent de l’écran, c’est rĂ©el, palpable, ça transcende pour toucher en plein cƓur. C’est poĂ©tique, tragique et vrai. Et c’est Ă  voir sur grand Ă©cran, absolument. (+ ils ont dĂ©jĂ  remportĂ© le Golden Globes pour meilleur film et meilleure actrice et cette reine Jessie Buckley peut trĂšs probablement se dĂ©goter l’Oscar tant elle est bluffante). 

À la prochaine,


PS : Pour un bon shot de vodka cerise, il vous faut :

  • De la vodka (3cl)

  • De la cerise (3cl)

  • Un petit verre, prĂ©fĂ©rablement un peu fun sinon la vie est moins sympa avec des verres boring

  • Faites moitiĂ©-moitiĂ© de vodka et de cerise, ou soyez foufou et faites 20-80, ou 10-90, ou 7-93, en sachant que la cerise c’est quand mĂȘme meilleur que la vodka

  • Faites clinquer votre verre avec celui ou celle qui vous accompagne (buvez pas des shots tout seul c’est un peu trop triste) (buvez pas tout seul tout court), tapez le comptoir avec votre verre et go dans le gosier, et retournez votre verre sur le comptoir pour prouver bien fiĂšrement que vous l’avez bu jusqu’à la derniĂšre goutte ce shot. Bonus si vous criez un POUAH ou un WOOH pour exprimer votre mĂ©contentement ou satisfaction vis-Ă -vis de ce fin breuvage.

  • Et paf vous voilĂ  membre du club des gens qui boivent des shots de vodka cerise. Bienvenue.


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Byyyyyye

Motes

Par Mobuski

aspirante cool girl, autrice et scénariste
l’overthinking personnifiĂ©