👂Le piercing

Un p'tit trou, un p'tit trou, et puis plus de trou

Motes
6 min ⋅ 13/11/2025

Cet Ă©tĂ©, j’ai dĂ©cidĂ© de suivre une de mes meilleures amies, et de faire un piercing avec elle. Ça faisait longtemps que j’y pensais, que j’en voulais un. Je m’imaginais hyper stylĂ©e avec une multitude de piercings au lobe et Ă  l’hĂ©lix, tout plein d’anneaux en argent pour casser le cĂŽtĂ© parfois trop sage que j’ai et faire partie des cool kids

Alors oui, clairement, c’est pas le piercing le plus osĂ©. J’ai pas eu l’envie directe de me faire percer les tĂ©tons (aĂŻe). Ma copine, aprĂšs avoir blablater des heures en terrasses, a, comme ça peut lui arriver assez souvent, eu une envie soudaine Ă  19h. “J’ai trop envie de me faire percer, genre maintenant”.

Bien Ă©videmment que les salons Ă©taient fermĂ©s, mais ça ne l’a pas ralenti : elle a pris rendez-vous immĂ©diatement pour le lendemain, et pour moi aussi. On se le fait ensemble, au mĂȘme endroit. 

J’ai jamais fait ce genre d’expĂ©rience. Je ne me suis jamais faite tatouer tout court, et encore moins en commun avec quelqu’un, pas l’ombre d’un piercing en vue, pas de matching outfits, pas de dĂ©coloration Ă  la maison pour se bousiller les cheveux Ă  deux ou Ă  plusieurs. Alors j’étais absolument trop contente de le faire avec elle.

Non seulement j’allais faire ce piercing dont j’avais envie depuis vraiment longtemps, mais que je repoussais Ă  chaque fois (allez, pour mon anniversaire, non pour fĂȘter la fin de mes Ă©tudes, non pour cĂ©lĂ©brer la fin du mĂ©moire, non quand j’aurais obtenu le diplĂŽme, non quand ça ira mieux), mais en plus il allait avoir une symbolique un peu chouette : celle du premier Ă©tĂ© oĂč je me sens vraiment bien, oĂč je profite de chaque instant, oĂč je m’amuse et j’ose faire plein de choses, dont visiblement me faire trouer le lobe par plaisir, et en plus avec une de mes personnes favorites au monde, la premiĂšre personne Ă  qui j’ai parlĂ© quand j’ai commencĂ© mes Ă©tudes il y a de ça 10 ans (aĂŻe bis).

La chaleur de l’étĂ©, l’euphorie de partager un moment avec une amie aussi proche et la hĂąte d’avoir un petit bijou qui scintille trop mignon en forme d’étoile de mer, il n’y avait aucun doute que ça allait ĂȘtre super. 

On se l’est fait au mĂȘme endroit, avec le mĂȘme bijou. Un petit truc mignon qui scintille, bien estival, pour se rappeler de ce moment, et penser Ă  l’autre tout l’étĂ© avant que chacune ne parte faire ses aventures. L’angoisse est bien montĂ©e quand il a fallu s’allonger et que le froid du dĂ©sinfectant a touchĂ© ma peau. “Ça fera pas plus mal qu’une prise de sang”. Je pensais qu’elle disait ça un peu en l’air et que j’allais douiller. En fait non. C’était effectivement le mĂȘme niveau de douleur qu’une prise de sang.

FiĂšre de moi d’avoir passĂ© ce moment, extatique de voir ma super copine se parer elle aussi de la petite Ă©toile de mer et de continuer notre journĂ©e comme si de rien n’était par la suite, Ă  se balader, discuter, faire nos quĂȘtes secondaires Ă  la recherche de mousseur Ă  lait pour des matchas (est-ce que ça vous Ă©tonne vraiment) et de chaĂźne longue pour un pendentif qu’elle veut pouvoir enfin mettre, comme si ce nouveau bijou avait toujours fait partie de nous.

3 mois de cicatrisation, on nous a dit. Le temps file, tout va bien. L’étĂ© disparaĂźt doucement, la petite Ă©toile de mer qui me sert de piercing avant de pouvoir le changer pour faire plus cool kid commence Ă  ĂȘtre en dĂ©calage face au changement de temps. BientĂŽt l’anneau argentĂ©, il me reste plus que deux semaines avant de pouvoir l’installer.

Sauf que non. C’était trop beau pour ĂȘtre vrai. Sans trop savoir pourquoi, mon oreille a gonflĂ© comme pas permis. Douloureuse, rouge, tellement enflĂ©e que les branches de l’étoile comprimĂ©e entrent dans la peau, imprimant alors plein de petites plaies dĂ©gueulasses qui font pas du tout cool kid. Un week-end de douleur, Ă  attendre que ça aille mieux, Ă  pschitter comme on m’a dit du dĂ©sinfectant dessus.

À retourner voir le perceur, hyper serein face Ă  ma dĂ©tresse, donc ça m’avait un peu calmĂ©. À chouiner devant le pharmacien le lendemain, l’oreille pulsante, davantage en stress face Ă  son stoĂŻcisme et la clartĂ© de son propos : “euh faut l’enlever là”. Mais il est 19h00, et du coup : c’est fermĂ©.

Me voilĂ  donc quelque peu bloquĂ©e ce week-end avec une oreille qui fait mal comme pas permis, qui m’empĂȘche pas mal de me concentrer, de me dĂ©tendre ou de profiter pleinement, mon cerveau d’anxieuse en rajoutant une couche Ă  base de “si ça se trouve mon oreille est devenue gigantesque est personne ose me le dire parce que c’est vraiment hyper moche” ou “peut-ĂȘtre que c’est tellement grave qu’ils vont devoir me couper le lobe”.

Est alors venu un besoin vital d’oublier la douleur par tous les moyens possibles. Et un a plutĂŽt bien fonctionnĂ© : la magie des jeux vidĂ©o. 

Je ne suis pas une Ă©norme joueuse. Je panique Ă  chaque ennemi sur l’écran. Je prĂ©fĂšre gĂ©nĂ©ralement regarder quelqu’un jouer pour profiter des graphismes et de l’histoire plutĂŽt que de participer aux combats. Clairement, j’ai passĂ© plus de temps Ă  regarder mon frĂšre jouer qu’à avoir une manette dans les mains, ou alors Ă  la lui tendre dĂšs que ça se corsait trop, type le boss dans Portal, ou mĂȘme des boss dans Mario Odyssey.

Oui bon, moi quand y a de la bagarre, j’aime pas. J’angoisse trop, c’est pas faute d’avoir essayĂ© plusieurs fois, ça me met dans tous mes Ă©tats de me faire poutrer la tronche par des ennemis, et je finis par mourir en boucle complĂštement dĂ©munie.

Par contre, j’aime bien les jeux tout mignons (ou qui semblent tout mignon et vous dĂ©chirent le cƓur aprĂšs), Ă  la Unpacking ou Old Man’s Journey. J’ai passĂ© une aprĂšs-midi entiĂšre sur Mumrik : la mĂ©lodie de la vallĂ©e des Moomins. C’est tout joli, ça dĂ©tend, et les histoires sont chouettes Ă  dĂ©couvrir, lĂ  il y a une vraie notion de plaisir pour moi.

Alors au vu de mon Ă©tat, quel ne fut pas mon bonheur de retourner sur mon Ăźle sur Animal Crossing. DĂ©laissĂ©e depuis trop longtemps, j’avais oubliĂ© toutes les installations que j’y avais faite. Le temps d’y faire le tour, de revoir les tĂȘtes des villageois, de me rappeler que “oh tiens 'j’avais fait un bout de mon Ăźle comme si c’était une terrasse parisienne” et “OHHHH mais oui j’ai fait un jardin zen aussi”, ramasser quelques mauvaises herbes, changer l’accoutrement de NoĂ«l devenu inappropriĂ© pour un petit costume de marin en mariniĂšre et bottes en caoutchouc pour aller avec le drapeau breton hissĂ© sur la place de la mairie et le nom breton de mon Ăźle (j’avais dĂ©jĂ  dit que j’étais bretonne ?), aller pĂȘcher des bars communs et entendre l’hymne de mon Ăźle qui n’est rien de moins que les premiĂšres notes de Bohemian Rhapsody (je suis tellement chiante), la douleur se dissipait un peu. 

Et puis quand le tour Ă©tait fait, changement d’ambiance : direction GTA San Andreas. Ahhhh GTA. Voler des voitures, rouler sur des gens, faire des wheelies en moto, tirer en l’air pour crĂ©er un mouvement de panique, survoler la ville en jetpack et s’enfuir avec aprĂšs avoir tirĂ© sur des gens, utiliser un cheat code pour avoir un Monster Truck (ma passion quand j’étais enfant, comment ça une roue est plus grande qu’un humain et il y a des flammes sur la carrosserie), bloquer la route avec la voiture qui commence Ă  s’enflammer pour faire des explosions Ă  la chaĂźne
 Le chaos complet (je suis trĂšs saine).

Je sais pas combien de temps j’ai passĂ© Ă  juste rouler sur la map en changeant plutĂŽt rĂ©guliĂšrement de voitures et Ă  Ă©couter les diffĂ©rentes radios du jeu, mais qu’est-ce que c’était chouette. Je n’avais pas rejouĂ© Ă  San Andreas depuis qu’on avait troquĂ© la Playstation 2 pour la Playstation 3.

Une petite dose de nostalgie, un peu trop de libre arbitre, et le cÎté sombre de la face toute mignonne du jeu précédent, et me voilà un peu requinquée, joyeuse et satisfaite.

Puis mon copain, qui en a trop vu de moi Ă  ricaner en cramant des voitures pour son propre bien, a voulu me montrer Zelda : Tears of the Kingdom, et c’était tellement beau que le game design et la musique enchanteresse m’ont apaisĂ©s au point de m’endormir sur le canapĂ©. Et ça m’a donnĂ© faim aussi, quelle idĂ©e d’y intĂ©grer des recettes et des plats aussi jolis.

À mon rĂ©veil, il Ă©tait temps de mettre fin Ă  mon supplice. J’ai dit aurevoir Ă  mon piercing pour ne pas souffrir davantage, tĂ©tanisĂ©e en voyant le changement d’attitude de la perceuse qui a voulu ĂȘtre toute gentille et rassurante quand elle m’a vu dans tous mes Ă©tats, et qui a paniquĂ© une fois qu’elle a rĂ©ussi Ă  l’enlever (dĂ©jĂ  rien que ça c’était une Ă©preuve) en disant “AH MAIS C’EST HYPER INFECTÉ EN FAIT”, en appelant ses collĂšgues en renfort pour savoir quoi faire, et qui y a Ă©tĂ© soulagĂ©e quand j’ai demandĂ© si on pouvait ne plus rien enfoncer dans mon oreille pour l’instant, aprĂšs avoir failli tourner de l’Ɠil quand elle a eu la bonne idĂ©e de me montrer ce qui sortait de ce foutu trou (j’ai un haut-le-cƓur rien qu’en y repensant, vraiment pas un truc de cool kid).

Me voilĂ  Ă  prĂ©sent avec un lobe dĂ©gonflĂ©, parĂ© non pas d’un bijou mais d’une immense croĂ»te (et pas d’un trou bĂ©ant comme j’ai imaginĂ© dans mon cauchemar la veille), dernier vestige de cette folie estivale, et d’une forte envie de me cloĂźtrer chez moi, de rallumer ma Switch, et tester tous les jeux mignons qui y existent. Ou de cramer des Monster Trucks, je sais pas trop.

Peut-ĂȘtre que je vais simplement me contenter d’investir dans un ear cuff et Ă©conomiser pour m’offrir un jour la Switch 2. Ce nouveau Mario Kart m’appelle. Et la mise Ă  jour d’Animal Crossing aussi. Oups.

Et puis si vous aussi vous avez des petites envies de jeu vidĂ©o cozy mais chouette, je ne peux que vous conseiller Storyteller disponible sur l’App Store et Google Play et par l’interface Netflix, ou pour un jeu d’énigme trĂšs fun et trĂšs con, Duck Detective and the Secret Salami (rien que le nom est censĂ© vous donner le ton) sur Steam et Nintendo Switch.  

À la prochaine,


Ah oui !
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Bisous !

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Motes

Par Mobuski

aspirante cool girl, autrice et scénariste
l’overthinking personnifiĂ©