ou comment je me lance (enfin) dans ce nouveau tintouin
Ăa fait hyper longtemps que je songeais Ă Ă©crire des petits billets rĂ©guliĂšrement. Mais je repoussais Ă chaque fois. Non je ne suis pas prĂȘte, je sais pas exactement ce dont je veux parler, câest encore si flou, et puis qui va vraiment sâintĂ©resser à ça. Comme pour beaucoup de choses en fin de compte, je trouvais toutes les excuses du monde, par peur dâĂȘtre ridicule ou un poil trop visible. Et donc dâĂȘtre ridicule. Une jolie petite boucle pas ouf mais qui rythme gĂ©nĂ©ralement ce que je fais (ou ne fais pas surtout), qui finit par se conforter en faisant autre chose, ou juste rien. Souvent rien. Trop souvent rien.
Et puis hier soir, en voulant me faire une petite soirĂ©e tranquille, je me suis dit que jâallais, comme Ă mon habitude, regarder un film. Sans avoir trop dâidĂ©es, et un peu submergĂ©e par toute lâoffre face Ă moi, je suis allĂ©e faire un tour sur ma watchlist sur Letterboxd. Tant quâĂ faire, autant regarder quelque chose que je veux voir depuis longtemps. Un film bien, pas trop sombre (pas la foi). Jâai le temps ce soir. Je sens presque que jâai besoin dâun bon film. Je croise le chemin de Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore,1988).
Une lettre dâamour au cinĂ©ma et Ă ce quâil nous apporte, lâhistoire dâune amitiĂ© entre un projectionniste et un enfant passionnĂ© du grand Ă©cran dans la Sicile dâaprĂšs-guerre, un film un peu culte et considĂ©rĂ© comme un petit bijou, que regarder de mieux en cette soirĂ©e frileuse ? A la fois ravie de dĂ©couvrir un tel film et de faire rĂ©trĂ©cir progressivement mon interminable liste, je le lance.
Un torrent de larmes. Je ne m'y attendais pas du tout. Ăa mâa complĂštement Ă©tonnĂ©e. Avant, je pleurais devant presque tous les films. JâĂ©tais probablement Ă la fois Ă fleur de peau, et trop Ă©mue dâavoir lâhonneur dâen voir autant, quand jâai dĂ©couvert la magie des cartes de cinĂ©ma illimitĂ©es en arrivant Ă Paris. Maintenant câest bien plus espacĂ©. Le dernier en date, câest sĂ»rement Sorry Baby dâEva Victor (2025), mais ce nâĂ©tait rien Ă cĂŽtĂ© de ça. Cinema Paradiso mâa complĂštement eu. Philippe Noiret en Alfredo, le projectionniste protecteur et passionnĂ©, accompagnĂ© dâun Toto fou de cinĂ©ma, campĂ© magnifiquement par Jacques Perrin en adulte morose et hantĂ© par son passĂ© mais qui en a presque oubliĂ© sa substance premiĂšre. Chaque personnage, comme habitĂ© par le cinĂ©ma. Celui qui connaĂźt chaque dialogue, chaque mot du film, qui le vit encore et encore. Les retrouvailles, les au-revoirs. Tout y est absolument somptueux, sincĂšre, touchant, dâune beautĂ© palpable. Et cette bande son ! Comme toujours, impossible dâĂȘtre autre que subjuguĂ© quand Ennio Morricone en est aux commandes. Toute la magie du cinĂ©ma, son romantisme, son partage, ses passions. Les foules exaltĂ©es, les souvenirs. Oh quel merveilleux film. Il en Ă©mane une sympathie, une candeur presque, pour chacun de ses personnages. Ils dĂ©chirent et recousent le cĆur, et finissent par lâembaumer dâun trop-plein dâamour et de beautĂ©. Une piqĂ»re de rappel que le cinĂ©ma fait du bien, fait oublier, fait espĂ©rer, inspire.
Câest cet Ă©lan qui impacte, en regardant un film, en allant dans un musĂ©e, face Ă un tableau, en rencontrant une personne qui nous touche, qui ouvre le cĆur et nous force Ă prendre la plus grande bouffĂ©e dâair jamais prise par personne dâautre auparavant, qui fait naĂźtre une irrĂ©pressible besoin de faire quelque chose de beau, dâĂȘtre la version de soi-mĂȘme dont on rĂȘve en secret et quâon se chuchote quâĂ demi-mot pour se motiver, mais pas trop pour ne pas ĂȘtre triste que lâon nây parvienne jamais. Cette envie de tout voir, tout faire, de vivre pleinement, de rattraper ce temps perdu quitte Ă en faire des folies. Ce sentiment qui progresse dans tout le corps, jusquâaux tripes, jusquâĂ chaque muscle de notre corps, qui pourrait faire un spasme si fort quâon pourrait courir dâun coup sans sâarrĂȘter tout en riant le plus fort possible. La passion qui nous habite et qui renaĂźt dĂšs lors quâelle sâest amoindrie trop longtemps. Comme Toto qui ne peut sâempĂȘcher de retourner au cinĂ©ma alors que le monde entier semble le lui interdire, quitte Ă se faire gronder, incendier, malmener. Quâimporte, câest le cinĂ©ma qui prime. Ă croire que la passion nous fait tant vivre quâelle gagnera toujours.
Il mâa suffisamment touchĂ© pour non seulement me faire pleurer Ă chaudes larmes et Ă multiples reprises, mais pour mâinsuffler suffisamment dâenvie, dâĂ©nergie et de passion pour sortir de mon trou et me mettre Ă Ă©crire et commencer ce dont jâai vraiment envie de faire. Ne pas succomber Ă la nostalgie, aller de lâavant, vivre, se donner la chance de le faire. Et dâoser faire ce quâon aime, et dâaimer ce quâon fait. Alors pendant que les mots dâAlfredo sont encore bien ancrĂ©s dans cette tĂȘte qui rumine sans cesse et qui a trop peur pour son propre bien, me voilĂ comme Toto Ă Ă©couter ses conseils et Ă Ă©crire ces premiĂšres lignes, imparfaites, et Ă commencer. Comme pour beaucoup de choses chez moi, il suffisait dâun film.
Alors bienvenue sur Motes, oĂč je voudrais Ă©crire sur ce qui me passe par la tĂȘte, par le cĆur, le quotidien, le passĂ©, les envies futures, les bĂȘtises, les doutes, les passions et la culture. Un peu tout et rien. La vie, en somme. Si ça vous dit. Moi en tout cas, je suis Ă la fois trĂšs contente et un peu terrorisĂ©e de me lancer pour de vrai.
Ă la prochaine,
(ou Morgane, si vous préférez)