đŸŽ„ Il suffisait d'un film

ou comment je me lance (enfin) dans ce nouveau tintouin

Motes
4 min ⋅ 30/10/2025

Ça fait hyper longtemps que je songeais Ă  Ă©crire des petits billets rĂ©guliĂšrement. Mais je repoussais Ă  chaque fois. Non je ne suis pas prĂȘte, je sais pas exactement ce dont je veux parler, c’est encore si flou, et puis qui va vraiment s’intĂ©resser Ă  ça. Comme pour beaucoup de choses en fin de compte, je trouvais toutes les excuses du monde, par peur d’ĂȘtre ridicule ou un poil trop visible. Et donc d’ĂȘtre ridicule. Une jolie petite boucle pas ouf mais qui rythme gĂ©nĂ©ralement ce que je fais (ou ne fais pas surtout), qui finit par se conforter en faisant autre chose, ou juste rien. Souvent rien. Trop souvent rien.

Et puis hier soir, en voulant me faire une petite soirĂ©e tranquille, je me suis dit que j’allais, comme Ă  mon habitude, regarder un film. Sans avoir trop d’idĂ©es, et un peu submergĂ©e par toute l’offre face Ă  moi, je suis allĂ©e faire un tour sur ma watchlist sur Letterboxd. Tant qu’à faire, autant regarder quelque chose que je veux voir depuis longtemps. Un film bien, pas trop sombre (pas la foi). J’ai le temps ce soir. Je sens presque que j’ai besoin d’un bon film. Je croise le chemin de Cinema Paradiso (Giuseppe Tornatore,1988).

Une lettre d’amour au cinĂ©ma et Ă  ce qu’il nous apporte, l’histoire d’une amitiĂ© entre un projectionniste et un enfant passionnĂ© du grand Ă©cran dans la Sicile d’aprĂšs-guerre, un film un peu culte et considĂ©rĂ© comme un petit bijou, que regarder de mieux en cette soirĂ©e frileuse ? A la fois ravie de dĂ©couvrir un tel film et de faire rĂ©trĂ©cir progressivement mon interminable liste, je le lance.

Un torrent de larmes. Je ne m'y attendais pas du tout. Ça m’a complĂštement Ă©tonnĂ©e. Avant, je pleurais devant presque tous les films. J’étais probablement Ă  la fois Ă  fleur de peau, et trop Ă©mue d’avoir l’honneur d’en voir autant, quand j’ai dĂ©couvert la magie des cartes de cinĂ©ma illimitĂ©es en arrivant Ă  Paris. Maintenant c’est bien plus espacĂ©. Le dernier en date, c’est sĂ»rement Sorry Baby d’Eva Victor (2025), mais ce n’était rien Ă  cĂŽtĂ© de ça. Cinema Paradiso m’a complĂštement eu. Philippe Noiret en Alfredo, le projectionniste protecteur et passionnĂ©, accompagnĂ© d’un Toto fou de cinĂ©ma, campĂ© magnifiquement par Jacques Perrin en adulte morose et hantĂ© par son passĂ© mais qui en a presque oubliĂ© sa substance premiĂšre. Chaque personnage, comme habitĂ© par le cinĂ©ma. Celui qui connaĂźt chaque dialogue, chaque mot du film, qui le vit encore et encore. Les retrouvailles, les au-revoirs. Tout y est absolument somptueux, sincĂšre, touchant, d’une beautĂ© palpable. Et cette bande son ! Comme toujours, impossible d’ĂȘtre autre que subjuguĂ© quand Ennio Morricone en est aux commandes. Toute la magie du cinĂ©ma, son romantisme, son partage, ses passions. Les foules exaltĂ©es, les souvenirs. Oh quel merveilleux film. Il en Ă©mane une sympathie, une candeur presque, pour chacun de ses personnages. Ils dĂ©chirent et recousent le cƓur, et finissent par l’embaumer d’un trop-plein d’amour et de beautĂ©. Une piqĂ»re de rappel que le cinĂ©ma fait du bien, fait oublier, fait espĂ©rer, inspire. 

C’est cet Ă©lan qui impacte, en regardant un film, en allant dans un musĂ©e, face Ă  un tableau, en rencontrant une personne qui nous touche, qui ouvre le cƓur et nous force Ă  prendre la plus grande bouffĂ©e d’air jamais prise par personne d’autre auparavant, qui fait naĂźtre une irrĂ©pressible besoin de faire quelque chose de beau, d’ĂȘtre la version de soi-mĂȘme dont on rĂȘve en secret et qu’on se chuchote qu’à demi-mot pour se motiver, mais pas trop pour ne pas ĂȘtre triste que l’on n’y parvienne jamais. Cette envie de tout voir, tout faire, de vivre pleinement, de rattraper ce temps perdu quitte Ă  en faire des folies. Ce sentiment qui progresse dans tout le corps, jusqu’aux tripes, jusqu’à chaque muscle de notre corps, qui pourrait faire un spasme si fort qu’on pourrait courir d’un coup sans s’arrĂȘter tout en riant le plus fort possible. La passion qui nous habite et qui renaĂźt dĂšs lors qu’elle s’est amoindrie trop longtemps. Comme Toto qui ne peut s’empĂȘcher de retourner au cinĂ©ma alors que le monde entier semble le lui interdire, quitte Ă  se faire gronder, incendier, malmener. Qu’importe, c’est le cinĂ©ma qui prime. À croire que la passion nous fait tant vivre qu’elle gagnera toujours.    

Il m’a suffisamment touchĂ© pour non seulement me faire pleurer Ă  chaudes larmes et Ă  multiples reprises, mais pour m’insuffler suffisamment d’envie, d’énergie et de passion pour sortir de mon trou et me mettre Ă  Ă©crire et commencer ce dont j’ai vraiment envie de faire. Ne pas succomber Ă  la nostalgie, aller de l’avant, vivre, se donner la chance de le faire. Et d’oser faire ce qu’on aime, et d’aimer ce qu’on fait. Alors pendant que les mots d’Alfredo sont encore bien ancrĂ©s dans cette tĂȘte qui rumine sans cesse et qui a trop peur pour son propre bien, me voilĂ  comme Toto Ă  Ă©couter ses conseils et Ă  Ă©crire ces premiĂšres lignes, imparfaites, et Ă  commencer. Comme pour beaucoup de choses chez moi, il suffisait d’un film. 

Alors bienvenue sur Motes, oĂč je voudrais Ă©crire sur ce qui me passe par la tĂȘte, par le cƓur, le quotidien, le passĂ©, les envies futures, les bĂȘtises, les doutes, les passions et la culture. Un peu tout et rien. La vie, en somme. Si ça vous dit. Moi en tout cas, je suis Ă  la fois trĂšs contente et un peu terrorisĂ©e de me lancer pour de vrai.

À la prochaine,

(ou Morgane, si vous préférez)

Motes

Par Mobuski

aspirante cool girl, autrice et scénariste
l’overthinking personnifiĂ©