🎾 Les vinyles du meuble Kallax

Passion regarder le disque tourner

Motes
4 min ⋅ 06/11/2025

Comme Ă©normĂ©ment de bobos anciennement hipsters un peu relous qui veulent se revendiquer un peu plus stylĂ©s que les autres (moi donc), j’ai suivi et cĂ©dĂ© Ă  la renaissance des vinyles. DĂ©jĂ , au collĂšge, bien qu’aucune platine n’était en vue chez mes parents pour les Ă©couter, il y avait dans le meuble Ikea Kallax marron/noir (vous savez, LE meuble avec les cases carrĂ©es que tout le monde a eu au moins une fois dans sa vie. Voire qu’on n’arrive toujours pas Ă  s’en dĂ©barrasser parce qu’ils sont trop utiles bien que pas la plus jolie Ă©tagĂšre) une tonne de vinyles.

Ceux de mon pĂšre, de ma mĂšre, de ma grand-mĂšre mĂȘme. Sur certains, leurs noms y Ă©taient Ă©crits. Il y avait des histoires pour enfants, des compilations de chansons d’amour des annĂ©es 1920, des compilations de jazz, des symphonies classiques, du Bowie, du Dave, du Gogol 1er ou du Nina HĂ€gen, et puis tellement de groupes qui me sont encore abstraits ou inconnus.

Je m’amusais Ă  les sortir du meuble un par un, Ă  observer toutes ces pochettes colorĂ©es, ces visages, portraits de leurs gĂ©nĂ©rations, que je ne connaissais pas alors. Ces logos de groupes, dont certains ne vieillissent pas, d’autres complĂštement illisibles, kitchs ou dĂ©passĂ©s. Mais le mĂ©lange Ă©tait si Ă©clectique, si invitant Ă  tout Ă©couter, tout dĂ©couvrir, Ă  constater l’étendue musicale Ă  portĂ©e de main. Et puis ces grands disques noirs, fins, Ă©lĂ©gants, qui gardent un certain mystĂšre par leurs opacitĂ©s, leur modestie.

Quelques titres Ă©crits sur un centre parfois colorĂ©, sur l’objet mĂȘme. Pas de fioritures, juste le constat que la musique est vraiment entre mes mains. Et comment est-ce qu’ils font pour y mettre de la musique dessus ? J’ai eu beau regarder des TikToks de crĂ©ations de vinyles ou arpenter l’Instagram de Blood Records (dont les SUBLIMES vinyles qu’il fait me donnent immensĂ©ment envie de craquer mais je me ravise Ă  chaque fois en voyant les frais de port, flemme), je n’y comprends toujours absolument rien. Le vinyle reste pour moi un objet magique. 

Et puis on a eu une platine. Imposante, presque un peu intimidante. Toute une technologie inconnue. Mais attention, le temps est passĂ© par lĂ , et le bras est automatique. “Comme ça, on raye pas le disque”. Mon pĂšre l’a branchĂ© Ă  sa vieille stĂ©rĂ©o, elle aussi imposante.

Plusieurs Ă©normes blocs noirs, une multitude de boutons. Pour le volume, pour les basses, pour les pistes, et encore plein d’autres dont je ne sais toujours pas Ă  quoi ils servent. Je me souviens surtout que la matiĂšre Ă©tait froide au toucher, ses boutons durs, et d’un mat qui imprime chaque trace de doigts comme si c’en Ă©tait un crime de vouloir l’utiliser. “C’est le top du top. Ça vient de Singapour. Y avait pas mieux dans le genre”. La grosse machine dĂ©sormais un peu dĂ©suĂšte reprenait ironiquement vie avec une platine vinyle. Et j’avais qu’une hĂąte, c’était d’en passer un, de fermer le couvercle transparent, et de le regarder tourner pendant qu’en sortait la mĂ©lodie du bonheur. 

Alors, Ă  force de voir tous ces visages et logos que je ne connaissais pas, j’ai voulu caresser de mes doigts des disques d’artistes que j’aimais moi. J’ai commencĂ© par Queen. À les chiner dans le petit disquaire de la ville, J’y ai trouvĂ© des 45 tours de The Show Must Go On, un de Blondie, un de The Kills. J’ai trouvĂ© le Graal pour moi : A Night at the Opera.

J’ai demandĂ© si, par hasard, ils avaient aussi du Radiohead. Non, il m’a dit. “Ceux-lĂ , ils partent aussitĂŽt qu’ils sont arrivĂ©s”. Tant pis, je suis rentrĂ©e avec mes prĂ©cieux sĂ©sames.

Mon pĂšre m’a montrĂ© le bouton pour passer d’un 33 Ă  un 45 tours sur la platine. Et m’a surtout montrĂ© qu’en passant un grand disque au rythme d’un petit, ça l’accĂ©lĂšre. En y repensant, on dirait les versions sped up ou nightcore de musiques sur les rĂ©seaux sociaux. On n’a vraiment rien inventĂ©. 

Alors est nĂ© le petit rituel d’aller flĂąner dans les rayons des vinyles dans les espaces culturels, de se renseigner sur les disquaires des environs, de faire mĂȘme des listes d’envies de disques, d’agrĂ©menter cette collection d’artistes de mon temps aussi. J’étais plus que fiĂšre d’avoir (presque) tous les albums de My Chemical Romance (ÉVIDEMMENT que j’étais une ado emo, vous pensiez quoi).

Et puis le temps est passĂ©, et en partant de chez mes parents, j’ai dĂ» dire au revoir Ă  tous ces trĂ©sors. Manque de place, manque de sous, et aussi une nouvelle dĂ©couverte, ma foi plus pratique dans le mĂ©tro : le streaming musical. 

Mais l’envie Ă©tait encore lĂ . Partout oĂč je passais, mes yeux traĂźnaient sur ses grandes pochettes. Dans une friperie Ă  Londres, j’ai failli craquer pour un Nancy Sinatra (le fameux Nancy & Lee en plus), au cas oĂč, pour plus tard, je vais pas passer encore trĂšs longtemps sans platine, enfin. Je me suis raisonnĂ©e, faute de moyens, et lui ai fait mes adieux. Parfois j’y pense encore.

Et puis il y a deux ans, maintenant bien Ă  l’aise dans mon petit cocon parisien, oĂč il manquait encore quelque chose, j’ai sautĂ© le pas : une platine. La mienne, rien qu’à moi. Une Sound Burger d’Audio Technica, petite mignonnerie des annĂ©es 80 rĂ©inventĂ©e en Bluetooth, jaune Ă©clatant, parfaite pour un petit studio et quelqu’un qui ne peut/veut rien faire comme les autres et trouver des choses incongrues.

Alors il a fallu l’agrĂ©menter de vinyles. La petite collection s’est rapidement embellie avec du Arctic Monkeys, Last Dinner Party et Mitski. Et m’est venue une idĂ©e. Outre le besoin, que dis-je, le droit de piquer dans la collection de mon pĂšre, j’ai voulu aussi l’impliquer dans de nouvelles acquisitions. Alors je lui ai demandĂ© qu’il me fasse dĂ©couvrir des artistes qu’il aime, ou qu’il pense que j’aimerais, ou juste qui mĂ©ritent d’ĂȘtre Ă©coutĂ©s. Je suis donc dĂ©sormais l’heureuse propriĂ©taire de vinyles de Serge Reggiani, Juliette GrĂ©co, The Lords of the New Church et bien d’autres encore qui avaient dĂ©jĂ  mon cƓur comme Kate Bush ou Sparks. 

Et j’écris tout ça confortablement installĂ©e chez moi, pendant que le disque tourne dans la pĂ©nombre, avec son lĂ©ger crĂ©pitement. Heureuse de pouvoir profiter Ă  nouveau de cette merveille, ravie d’ĂȘtre le tĂ©moin et la rĂ©ceptrice de tout l’amour et la culture musicale de mon pĂšre, et de pouvoir le partager un peu au travers de ces lignes. 

Puisqu’il m’en a tant parlĂ©, et que c’est le premier disque qu’il m’a offert, je voulais, si vous en avez envie, vous faire (re)dĂ©couvrir Klaus Nomi, chanteur allemand gĂ©nial Ă  la carriĂšre fulgurante dans les annĂ©es 1980 qui mĂ©lange rock, synthwave, opĂ©ra et cabaret avec un look incomparable et au talent irrĂ©el, qui a inspirĂ© Lady Gaga, Muse, et mĂȘme Iron Maiden. Et comme j’arrive pas Ă  dĂ©cider, voilĂ  trois de ses morceaux les plus connus : Total Eclipse, Nomi Song (dont le clip vaut un peu le dĂ©tour, so eighties) et Cold Song pour un maximum de frissons.

À la prochaine,


Motes

Par Mobuski

aspirante cool girl, autrice et scénariste
l’overthinking personnifiĂ©